AVANT PROPOS

Publié le par Néron

 

 

AVANT-PROPOS

 

On a beaucoup écrit sur le Néron et tout, ou presque, a été dit sur cette montagne grenobloise. Tout ? peut-être, mais peu de chose a été retenu...

 

Situé en bordure sud-ouest du Parc Régional de la Chartreuse, entre les communes de Saint-Martin-le-Vinoux, Quaix et Saint-Egrève, le Néron reste l’otage de la funeste réputation qu’on lui a donnée.

 

Certes, c’est une montagne au caractère rude qu’il faut aborder avec tact et discernement. Hélas, le seul guide correct et complet du Néron date de la belle époque. Or l’histoire du Néron, dans son intégralité, est passionnante, aussi bien dans son ensemble que dans ses détails.

 

Terrain vierge de l’alpinisme débutant, alpages tout de buis perfides, les premiers "touristes" allaient trop souvent comme les teignes dans une toison hirsute : au hasard... Mais, « Au jeu du sanglier l’homme est malhabile », aussi, égarés, harassés, perdus, ils tentaient enfin de fuir le Néron comme on échappe à l’incendie... par une fenêtre...

 

Pourtant, longtemps, le haut Néron de Saint-Egrève fut exploité pour ses bois. Des sentes abruptes, tracées dans un fouillis tant végétal que minéral, escaladaient les terribles escarpements. Mais ce fouillis était, et sera toujours sournois : quelques années suffisent aux buis pour couvrir les traces des sentes peu fréquentées.

 

Ce fut le cas à la fin du XVIIIe siècle avec l’abandon progressif des "bûcherages". La femme couchée allait bientôt tacher sa belle robe blanche du sang des aventuriers intrépides et inexpérimentés. Dés lors, le Néron prendra sa légende d’ogre grenoblois aussi sanguinaire que Barnave dit le Petit Néron, allusion au méchant César, bien évidemment. La belle époque scellera définitivement sa réputation.

 

Ajoutons que la mémoire humaine est perverse : elle retient mieux et mal les drames, lesquels ont d’ailleurs provoqué des polémiques mille fois débattues. Quant aux rares récits d’excursions réussies, si riches d’enseignements soient-ils, ils restent trop souvent dans les revues des clubs montagnards ; articles presque toujours ignorés par les sociétaires eux-mêmes, à plus forte raison par le grand public. Ceci explique l’aspect quelque peu morbide et tenace qui s’accroche aux nombreux textes traitant cette montagne : articles touristiques ou scientifiques, faits divers, guides pédestres, etc. Mon livre n’échappe pas à la règle, car il est impossible d’écrire l’histoire du Néron sans parler des drames qu’il engendra. Ces allusions reviendront souvent dans ce livre comme une mise en garde, une funèbre litanie.

 

Le Néron est pourtant une petite montagne très belle et très originale. Son seul tort est d’être différente. De difficulté modeste, il faut cependant de vraies qualités de montagnard pour l’aborder. Elle n’en reste pas moins une montagne exceptionnelle qui mérite, un siècle après l’excellente monographie de Morel-Couprie, un nouvel avocat afin, une fois de plus, de démystifier sa renommée, pour répéter une centième fois ses vérités afin de le rendre plus populaire.

Plus populaire auprès des habitants de ses trois communes qui n’ont, pour la plupart, qu’un maigre héritage culturel à rapporter. Lesquels, trop souvent d’ailleurs, vous rabâchent les inepties morbides et bien enracinées de leurs ancêtres : « C’est plein de trous, c’est plein de morts, n’y allez pas... »

Plus populaire auprès des randonneurs mal informés qui n’y voient généralement qu’une masse sans intérêt culminant à une altitude où la plupart des ballades commencent... Quand enfin ils y vont, ils en reviennent souvent enchantés mais la tête vide. Seul le vrai montagnard reste sensible au "climat" de cette montagne, il y retourne, il l’aime, et cherche à en percer ses mystères.

 

Tous, ou presque, ont oublié l’histoire de l’Hermitage, l’existence des vioules et des drayons qui s’élevaient jadis très haut dans le Casque. Ils confondent le Colonel Brun avec son cousin germain, donnent aux hameaux qu’ils habitent des origines hypothétiques... Combien d’entre eux ont écouté les propos de leurs aïeuls ? L’avenir des uns est pourtant fait du passé des autres ; quand les pères s’en vont, les enfants découvrent, mais un peu tard, qu’ils ne savent pas grand-chose du patrimoine culturel familial.

 

Mon livre retrace l’histoire du Néron et de ses abords par le biais de ses sentiers et des hommes qui les ont fréquentés, soit par amour soit par nécessité. Malgré l’été 2003, il reste un guide pédestre, géologique et botanique. Enfin, faits divers et grandes histoires s’y conjuguent intimement afin que cessent les "raconteries" malsaines, afin que soit respecté et aimé en connaissance de cause le vieux Noiraud.

 

Toute l’histoire du Néron se trouve plus ou moins dans l’encre qui, depuis plus d’un siècle, coule régulièrement sur cette montagne. Archives, revues montagnardes, périodiques, journaux : tous ont écrit le Néron.

 

Quelques habitants aussi ont écrit le Néron dans leurs esprits. Je ne remercierais jamais assez ceux qui ont bien voulu me recevoir et m’instruire. Ils m’ont aidé à percevoir l’utilité des anciens sentiers, à confirmer ou orienter mes études.

 

Je n’ai donc que le mérite d’avoir archivé, analysé, et recoupé des centaines de données, d’en avoir fait une synthèse aussi complète que possible, accessible à tout le monde.

  

Je propose dans les pages de ce blog de voyager dans mon livre.

 

 

 

                                                                                                                      Claude SIMON

Publié dans Le Néron

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