Etude botanique

 

« D’abord, il fallait défricher, creuser son trou dans la jungle. Le premier coup donné dans la futaie sauvage en ébranlait déjà son fondement. »

Samivel, le Grand Oisans sauvage.


ETUDE BOTANIQUE


D’après J. Brosse et J. Breton - Annales de l’Université de Grenoble.


Cette étude botanique est quasi obsolète depuis le terrible incendie de l’été 2003. En effet, 90% du haut Néron a brûlé, bien plus en profondeur qu’en surface (feux larvés). De ce fait, il faudra beaucoup de temps avant d’affirmer une étude à jour.

Je rapporte donc les textes de J. Brosse et J. Breton avec les observations que j’avais apportées lors de mon édition de 2001.

 

Le Néron, rapporte une légende, était autrefois couvert de Pins et de Sapins comme les autres sommets de la Chartreuse, ce qui lui donnait une couleur sombre, d’où son nom. Il paraît cependant bien difficile d’accepter cette hypothèse. En effet, on peut, à la rigueur, admettre que les coupes pratiquées dans la face au couchant les aient fait disparaître : cette face a une pente assez modérée pour que l’exploitation en fût possible. Mais au-dessus des escarpements, cela paraît invraisemblable à cause des difficultés d’accès. Ceux qui s’y risquèrent ne pouvaient en venir à bout. Les Conifères, Sapins, Épicéas, pins sylvestres sont donc rares mais les Buis, à eux seuls, justifient largement l’aspect sombre de la montagne.


LA ZONE DES BOIS DE CHÊNES


Au-dessus de Narbonne, dès l’apparition des premiers bancs de calcaire roux hauterivien, on voit apparaître le Chêne et son association. Nous sommes en présence ici du Quercus pubescent, variété méridionale du Quercus sessiliflora ; on le trouve d’abord à l’état de bouquets, associé au Juniperus communis, épars çà et là dans la partie supérieure des prairies, puis bientôt, il forme un bois épais et touffu interrompu seulement par les clapiers et les coupes.

Tant qu’on est sur le calcaire roux, le sol demeure sec et poreux et la végétation est en rapport avec cette sécheresse ; au contraire, dès que l’on passe dans le vallon formé par les marnes hauteriviennes, l’humidité devient bien plus grande. C’est précisément dans cette région des marnes, recouvertes de dépôts glaciaires, que l’on trouve les espèces silicicoles Pteris aquilina en abondance et quelques rares Châtaigniers.

Les plantes méridionales sont de plus en plus nombreuses à mesure que nous approchons du rocher : Rhamnus Alaternus pénètre assez loin dans le bois de Chênes, Pistacia Terebinthus s’aventure peu en dehors du rocher. Quant au Juniperus thurifera, nous n’en avons pas vu un seul exemplaire dans les bois ; il semble exclusivement cantonné dans les rochers et a besoin de beaucoup de lumière tandis que son congénère Juniperus communis est très abondant, surtout dans la partie inférieure. Enfin, les premiers Buis apparaissent, bien rabougris par rapport aux exemplaires du Grand Plateau.


LA ZONE DES BOIS DE HETRES


Les bois de Hêtres s’étendent depuis les Batteries jusqu’au Couloir Godefroy et Ripaillère, sans être séparés par une limite nette de la région occupée par le Chêne. Au-dessus de Gatinet, comme dans tout le sud de la montagne, on ne trouve que du Chêne tandis que dans toute la partie nord existe exclusivement le Hêtre associé au Tilleul.


 

On trouve en certains point quelques rares bouquets de Conifères, la plupart des Pinus silvestris avec quelques Abies pectinata. Nulle part, ils ne sont assez abondants pour former un vrai massif, sauf peut-être au-dessus de Ripaillère, au départ du Sentier Godefroy. (1)

Nous avons trouvé dans le bois de Hêtres l’association typique de cette essence. Nos observations sur cette partie du Néron n’ayant pu être aussi fréquentes que dans sa région sud, nous serons assez brefs. Ici aussi le placage glaciaire a permis, en certains points, aux végétaux calcifurges comme Pteris aquilina et Castanea vulgaris de se développer.

Notons au sommet du Couloir Godefroy, dans le Ravin des Ecureuils, des Hêtres superbes clairsemés. J. Breton y signale le cortège suivant : Asplenium Trichomanes, A. fontanum et A. viride ; Lilium Martagon ; Mercurialis perennis ; Fagus silvatica ; et Gentiana angustifolia.


LA ZONE DES TRUFFES


Nous ne pouvions clore la zone des bois sans parler de la truffe si recherchée... Mais selon Ad. Chattin, ce ne fut pas toujours le cas : « A. Bruyerin, médecin de François 1er, l’honneur d’avoir été le Parmentier de la truffe. En effet, jusqu’alors, la truffe n’était bonne que pour les cochons... »


La limite supérieure des truffes était celle de la vigne : 650 mètres dans les zones particulièrement bien abritées du Néron est donc un maximum. On trouve encore, en quelques points abrités de l’explosion démographique, des truffes que les rabassiers du Néron et les sangliers connaissent bien...

« Les collines exposées au levant et au midi donnent les meilleures truffes et les meilleurs vins » précise Ad. Chattin mais les pentes exposées au nord produisent également des truffes : la Messigeonne dite truffe blanche d’été et la truffe Musquée.

Bref, en approchant de la truffière, on trouve la terre sèche, douce, en "poussière", c’est la terre de cendre selon l’expression des truffiers. Souvent d’ailleurs la truffe repose sur le sol compact ou sur la roche, la couche friable s’étendant au-dessus d’elle. Assez souvent, lorsque les truffes sont près de la surface, celle donc qui mûrissent au commencement de l’hiver, le sol se fendille surtout en septembre et forme de petites taupinières. Enfin, on voit souvent, surtout vers la fin de l’automne, en matinée, des essaims de petites mouches (sorte de diptère hélomyza dit "tipules"), s’élever au-dessus des truffières. Les arbres et arbustes truffiers au Néron et en bordure sont :


  • Noisetier, Coudrier, Chêne, Genévrier, Tilleul donnent l’excellente truffe noire, commune et de fort bonne qualité en Isère... Lorsqu’il est truffier, le Tilleul fourni d’abondantes récoltes.

  • Pin d’Alep, Prunellier, Sorbier domestique occupent la deuxième place...

  • Pin Sylvestre, Aubépine, Alisier blanc, Églantier, Bouleau, Peuplier donnent aussi des truffes mais le Bouleau, le Peuplier et le Saule donnent surtout la truffe d’été.

  • Buis, Orme sont parfois truffiers...


LA ZONE DES PLANTES MERIDIONALES


La colonie des plantes méridionales du Néron, sans être aussi riche que certaines des autres stations similaires des environs de Grenoble, présente cependant les espèces caractéristiques de cette flore particulière. Par ailleurs, l’explosion démographique et le tourisme n’affectent pas autant les pentes du Néron que les autres stations. Il ne faut pas s’attendre à trouver ici une végétation analogue à celle du midi : on entend par « colonie méridionale » un ensemble d’espèces ne croissant dans une région qu’en certains points très délimités et présentant avec le climat ou le sol des régions méridionales de la France une certaine analogie.

Certes, au-delà du virage de la route, la végétation de l’Hermitage fait l’effet d’une flore niçoise mais nous sommes en présence ici d’espèces importées par l’homme.


Par la nature des lieux, l’herborisation dans la station naturelle du Néron est difficile : la majorité des plantes croissent, en effet, dans la région des à-pics située entre l’Hermitage et le Pré Néron. Pour bien se rendre compte de l’aspect de cette colonie, il faut suivre le Sentier de la Corniche. Là se trouve le centre, le foyer de la colonie, et le seul endroit peut-être où la flore méridionale soit vraiment dominante.

A partir de ce centre, les différentes espèces rayonnent sur toute la barre rocheuse environnante à des distances plus ou moins grandes. Les unes, comme Juniperus thurifera, ont une aire de disposition relativement vaste et remontent assez haut ; d’autres restent cantonnées dans la partie inférieure, sur les rochers les plus ensoleillés ; mais toutes atteignent en ce point ce que l’on pourrait appeler leur maximum de densité phytogéographique.


Examen de la flore au fil des itinéraires :


Les câbles de la Fontaine Vierge :

Pré Buisserate (région rocheuse du) :

Pré Néron :

L’Hermitage :

Corniche de l’Hermitage (région Ouest) :

Du Poste Romain au Couloir en Z :

Les clapiers :

La Buisserate :


 

Lucky Luke surveillant la plaine…


Aire de répartition des principales espèces méridionales :


Acer monspessulanum commence depuis la zone des prés jusqu’au rocher, ne semble pas dépasser le Poste Romain.


Acer opulifolium est moins méridional que A. monspessulanum. Il s’associe à lui dans le bas et le remplace vers le haut de la colonie.


 

 


Æthionema saxatile est une espèce caractéristique des calcaires où ses fleurs roses sont les premières à apparaître au printemps à toutes altitudes. Très abondante.


Antirrhinum latifolium est fréquent dans les clapiers et les éboulis surtout ceux de l’Hermitage et du Dromadaire.


Argyrolobium Linnœnum est un Cytise nain très commun sur les rochers de la colonie. On le trouve étroitement appliqué contre la pierre en compagnie de Fumana et du Teucrium.


Asphodelus ramosus abonde dans les corniches à partir du Poste Romain.


Astragalus monspassulanus est très abondant dans les clairières et les prés du type sec de la zone inférieure. Il remonte jusqu’aux arêtes.


Bromus madritensis est présent à l’Hermitage.


Bromus rubens est présent à la Buisserate.


Buxus sempervirens. Ses feuilles amortissent le ravage des fortes pluies ; ses racines retiennent la terre, s’accrochent partout donnant parfois l’illusion d’un arbuste poussant à même le roc ; son tronc agit comme les ralentisseurs des routes : ils freinent et stoppent la plupart des rochers qui dégringolent. Venu des régions méridionales à la fin du quaternaire, il remonte peu à peu vers le nord et atteint aujourd’hui les Vosges. Il peut vivre 6 siècles.

Le Buis est la plante par excellence du Néron, il est partout, aussi bien dans les taillis de Chênes que dans les bois de Hêtres, dès que le rocher se montre à la surface du sol. Dans les parties inférieures, il ne dépasse pas la taille d’un arbuste mais à mesure que l’altitude augmente et que les conditions de sol et de température deviennent moins favorables aux autres plantes, il devient un arbre. C’est le cas au Plateau des Buis où il atteint aisément 6 mètres de haut. Le Buis était parfois exploité pour son bois. En 1914, on note une exploitation dans les zones difficiles d’accès comme les escarpements du Muret et le Plateau des Buis. Son bois allait dans l’une ou l’autre des nombreuses tourneries de la région.


Campanula Medium croît surtout dans les clapiers et sur les rochers entre la Buisserate et le Poste Romain.


Catananche coerulea est une belle Composée que l’on nomme vulgairement "la Cupione". Elle est commune dans les prés secs et sur les rochers dans la partie inférieure de la zone à plantes méridionales.


Centaura paniculata abonde dans les prés secs et les clairières, depuis le début du calcaire roux jusqu’aux Prés Néron.


Centranthus angustifolius est un des éléments principaux de la végétation des clapiers et des éboulis du Néron.


Ceterach officinarum croît dans les fentes des rochers ou des murs, dans les clapiers, depuis l’Hermitage jusqu’aux Prés Néron, toujours clairsemé.


Colutea arborescens. Quelques exemplaires poussent çà et là dans les bois de Chêne et dans la zone rocheuse.


Coronilla minima se trouve depuis les prés supérieurs jusqu’aux arêtes, à plus de 1000 mètres.


Fumara procumbens est beaucoup moins méridional que l’espèce suivante à laquelle il s’associe vers l’Hermitage et qu’il remplace aux environs de la Buisserate.


Fumara Spachii est très commun depuis l’Hermitage jusqu’au Poste Romain.

 

Galium myrianthum, qui remonte jusqu’aux arêtes, est plus abondant que l’espèce suivante.


Galium rigidum est abondant dans toute la colonie méridionale.


Juniperus thurifera croît dans les montagnes de l’Italie méridionale et de l’Espagne... C’est donc une des raretés botaniques du Dauphiné. Il présente un tel intérêt que nous en avons figuré la répartition exacte sur notre carte botanique. Nous le trouvons abondamment, jusqu’à 1200 mètres. Il est exclusivement cantonné dans les zones rocheuses souvent inaccessibles. Il remonte plus haut que Pistacia Terebinthus et Rhamnus Alaternus et atteint souvent une taille de 5 à 6 mètres. C’est le cas au-dessus de la Fontaine Vierge où un spécimen possède une circonférence de 58 cm, au Pissou, entre les Prés Néron et le Grand Plateau, et dans toute la face au levant. J. thurifera était exploité comme bois de chauffage et pour son bois remarquable, dans toute la région inf., mais même en des zones difficiles d’accès comme le Grand Plateau. Enfin, comme son nom l’indique, il est souvent truffier mais rarement au-dessus de 650 mètres d’altitude.


Lactuca perennis est fréquent dans toute la zone méridionale.


Laserpitium gallicum est commun dans toute la zone rocheuse sur les bancs de rochers ou dans les clapiers.


Laserpitium Siler occupe le même terrain que l’espèce précédente. L. Siler est beaucoup moins méridional que L. gallicum et on le trouve seulement jusqu’aux arêtes.


Leontodon crispus se rencontre çà et là sur les rochers bien exposés.


Linaria origanifolia est présent dans les vieux murs et les fentes des rochers, au voisinage de l’Hermitage qu’il semble ne pas dépasser.


Linum tenuifolium abonde dans la colonie mais surtout vers le haut et rarement en dehors du rocher.


Lonicera etrusca est un des éléments les plus abondant de la flore des haies et des clapiers, dans toute la partie sud du Néron.


Melica ciliata est une graminée abondante, notamment dans tous les clapiers et rochers de la colonie, depuis la Buisserate jusqu’au Poste Romain, de la Fontaine Vierge au Pré-Néron.


 


Ononis minutissima a été signalé sur le Sentier du Pré Néron à la Corniche.


Osyris alba abonde dans la région rocheuse comprise entre l’Hermitage et le Poste Romain.


Pistacia Terebintus est, avec Juniperus thurifera et Rhamnus Alaternus, l’une des trois espèces les plus caractéristiques du Néron. Il est surtout abondant entre l’Hermitage et le Pré Néron. Plus frileux que Juniperus thurifera, le Pistachier ne dépasse pas le Poste Romain ; en revanche, il pénètre, en compagnie du Rhamnus Alaternus, assez avant dans le bois, mais moins loin cependant que ce dernier.

On remarquera parfois les Pemphigus, insectes producteurs des curieuses galles des Pistachiers Terébinthes : Pemphigus cornicularis produit des galles en forme de cornes, Pemphigus follicularius replie et roule le bord des feuilles en petits cornets.


 


Quercus pubescens est l’une des deux essences dominantes du Néron. Il apparaît dès que l’on arrive sur le calcaire roux.


Rhamnus Alaternus est très abondant au-dessus de l’Hermitage et de la Buisserate. Son importance décroît à mesure que l’altitude augmente. Il est encore abondant au Poste Romain mais disparaît au Grand Plateau. Des exemplaires de petite taille se rencontrent encore à 1200 mètres environ. Cet arbre garde toujours, même dans cette région, un port dressé, contrairement au Juniperus communis qui, à cette altitude, devient rampant. Enfin, c’est une des rares plantes méridionales qui s’accommode des sous-bois.


Rhus Cotinus est très abondant au-dessus de la Buisserate où il forme des massifs et ne semble pas remonter plus haut que le Poste Romain. Il s’accommode bien des sous-bois et pousse le long des haies jusqu’aux environs de Ripaillère, c’est-à-dire plus loin au nord que la plupart des autres espèces méridionales.

 

Rubia peregrina est très abondant dans les haies, depuis la vallée de l’Isère jusqu’au Poste Romain. C’est aussi une plante des clapiers.


Ruscus aculeatus est assez rare versant levant. On trouve ce Petit Houx plus facilement à la Buisserate ou dans le bois des Batteries.


Saponaria ocymoides est très fréquent, à peu près partout, depuis la zone des prés jusqu’aux arêtes.


Sedum altissimum est commun depuis les prairies inférieures jusqu’au-dessus du Poste Romain.


Stipa pennata est une Graminée des steppes peu abondante.



QUELQUES PLANTES MEDICINALES DU NERON


Je donne une liste non exhaustive de quelques plantes médicinales du Néron. Chacun trouvera les informations plus précises dans les publications traitant la phytothérapie.


Adiantum Capillus-Veneris : La Capillaire est plus connue sous le nom de Cheveux de Vénus... Ses feuilles seules ont une action pectorale et adoucissante.


Betula alba : L’infusion des feuilles de Bouleau exerce une action stimulante sur la digestion, et désinfectante en cas de maladie de peau. La racine est fébrifuge et antirhumatismale.


Buxus sempervirens. Les feuilles du Buis, en décoction, sont purgatives et sudorifiques. Pierre-André Matthiole (1500-1577) déclarait : « Pour avoir les cheveux jaunes ou pour lutter contre les plaies du cuir chevelu, il convient de se laver la teste avec une lessive dans laquelle auront bouilli des feuilles de buis. » En effet, le buis lutte remarquablement contre les eczémas et dartres. Il est indiqué contre la calvitie aussi bien que pour les rhumatismes.


Convallaria maialis : Le rhizome et les fleurs séchées du Muguet ont des vertus sternutatoires et un peu purgatives. Il s’emploie sous forme de tisane. On peut l’associer aux diurétiques.


Equisetum arvense : La Prêle est prescrite dans les cas d’incontinence urinaire ; en teinture contre la transpiration des pieds. Son action est diurétique, hémostatique et reminéralisante.


Fumara officinalis : La Fumeterre, en infusion, est renommée pour ses vertus toniques et dépuratives.


Gentiana lutea : La racine seule de la Gentiane possède une action tonique, stomachique et fébrifuge.


Globularia vulgaris : La Globulaire vulgaire, en infusion, passait pour être un purgatif efficace.


Hypericum perforatum : Le Millepertuis macéré dans l’huile d’olive sert contre les maladies de poitrine.


Juniperus communis : Le Genévrier commun est connu sous le nom vulgaire de Genièvre. Selon l’espèce, les baies sont noirâtres, rouges ou bleuâtres. On utilise les baies, le bois, les feuilles et les sommités fleuries pour leurs propriétés sudorifiques, purgatives, stomachiques et diurétiques.


Pinus sylvestris : Le Pin est rare au Néron pourtant peu avant l’arête sur l’itinéraire du Couloir Ripert Caillat, on trouvait quelques exemplaires de 10 mètres de haut. La sève passe pour être antiphtisique ; les bourgeons, en infusion, ont les mêmes propriétés que ceux du sapin : ils sont excitants, béchiques, diurétiques, anticatarrhaux.


Primula officinalis : La Primevère officinale, le coucou, passait jadis pour un excellent sédatif procurant un sommeil calme. Elle avait la réputation d’ouvrir le débit urinaire.


Ruscus aculeatus : Le Fragon épineux possède un rhizome aux propriétés apéritives et diurétiques.


Saponaria officinalis : La Saponaire a une action dépurative, légèrement stimulante et sudorifique.


Sempervivum tectorum : La Joubarbe est réfrigérante, antispasmodique, astringente et détersive. Son suc est prescrit en cas de brûlures ou pour enlever les cors.


Thymus serpyllum : Le Serpolet est un antispasmodique, un cicatrisant et un vulnéraire.


Veronica officinalis : La Véronique officinale a une action amère, aromatique et excitante. On utilise ses sommités fleuries en infusions.



CONCLUSIONS


La roche au Néron est surtout un calcaire. Cette roche, plus légère et moins compacte que les marnes, chauffe aux moindres rayons du soleil. Par restitution, elle chauffe l’atmosphère qui devient légère et s’élève en brises de pente qui emportent les restes d’humidité et les parapentistes talentueux. De plus, cette roche est assez perméable ; l’Urgonien surtout, forme un véritable filtre au travers duquel pénètrent instantanément les pluies, sans qu’il se forme de flaques ; la sécheresse s’en trouve donc exacerbée. Bref, grâce à leur porosité et à l’évaporation rapide qui se produit à leur surface, les plantes méridionales trouvent, sous notre climat pluvieux, les conditions qui leur conviennent.


Mais d’où viennent les plantes méridionales du Néron ?


Il faut rejeter l’hypothèse d’un ensemencement à distance. En effet, la distance séparant Grenoble des contrées méridionales est trop importante ; les graines n’ont pas une faculté de dissémination extraordinaire.

Au cours du Quaternaire, des périodes à climats froids succédèrent à des périodes plus chaudes. A la dernière période froide qui forma la glaciation Würm, succéda donc une période plus chaude que celle que nous connaissons aujourd’hui. Elle favorisa l’extension de la végétation méridionale vers le nord et de l’homme. Survint alors un léger refroidissement qui détruisit à peu près partout cette flore, ne laissant subsister, en des points privilégiés, quelques espèces plus résistantes que les autres. Ce sont ces espèces qui forment les colonies méridionales des environs de Grenoble ; c’est la théorie des flores de reliquat.



Mais alors, d’où viennent les plantes alpines ?


J’ai dit qu’après la glaciation Würm suivit une période chaude qui détruisit complètement la flore alpine du Néron. Mais, sur les plus hauts sommets de la Chartreuse, cette flore se réfugia sur les versants nord...

Lors du léger refroidissement qui suivit, ces plantes reconquirent tous les versants et quelques-unes ensemencèrent des régions favorables comme les arêtes du Néron. C’est pourquoi la flore alpine du Néron est si monotone et si pauvre en espèces.


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Les révolutions climatiques du quaternaire transformèrent profondément le paysage botanique. De même les révolutions climatiques plus modestes de notre ère influencèrent peu ou prou notre sylve alpestre.


A la faveur du retrait glaciaire, au magdalénien final, il y a environ 9000 ans avant J.C, l’homme découvre notre région. A cette époque le climat était rude mais les grands glaciers ne débordaient plus des vallées de Belledonne.

Le réchauffement s’accentue 8300 ans avant J.C., mettant fin aux glaciations. Les taillis remplacent peu à peu les prairies, et les océans remontent tandis que commence une vive activité aux Puys... C’est le début de l’Azilien : petits gibiers et petits outillages...

Le réchauffement s’accentue encore 6800 ans avant J.C. C’est la phase boréale. Les pins et noisetiers sont plus denses...

Vers 5500 ans avant J.C., le climat devient doux et humide, et va être plus chaud que le notre, c’est le début de la phase atlantique. La Méditerranée monte encore : moins 15 mètres...

La phase atlantique vers 4000 ans avant J.C. atteint son apogée. Les bois taillis sont devenus de profondes forêts de feuillus y compris sur les hauts plateaux comme le Plateau d’Emparis dont l’altitude moyenne est de 2350 mètres.

Vers 3000 avant J.C. le climat se refroidit lentement si bien qu’il devient subboréal, c’est-à-dire plus froid que le notre notamment durant la péjoration dite l’âge du fer (-800 à -500). La péjoration voit une nette régression de toutes les forêts. En Chartreuse et Vercors, les sapinières remplacent les forêts de feuillus...

Cette offensive du froid cesse de 500 ans avant J.C. à 750 ans durant ce que l’on nomme "L’optimum romain". La traversée des Alpes par Hannibal fut donc largement facilitée par un climat plus doux que le notre. Si doux que les Vikings s’installèrent au Groenland... L’extension des forêts de feuillus et de pins favorisera l’implantation, en altitude, de villages comme celui du plateau de Brande à l’Alpe d’Huez...

 

Au début du Moyen-Âge, vers 750 ans, le climat se rafraîchit de nouveau et devient humide ; c’est le début de notre climat subatlantique. En altitude, les forêts de hautes futaies régressent nettement laissant surtout des alpages et des sapinières... Bref, l’étage alpin devient peu à peu celui que nous avons aujourd’hui.


Est-ce de ces époques que nous vient une légende selon laquelle le Néron était autrefois couvert de pins et de sapins comme, dit-on, toutes les Alpes ? Il est difficile d’y répondre même si les légendes ont toujours quelque part un fond de vérité…


Mais, outre les perturbations climatiques, l’homme tiendrait aussi une place de choix dans ce déboisement. En effet, à cette époque l’homme aurait commencé à déboiser sans vergogne, par ignorance, par un moyen expéditif : le feu. Ainsi de nombreuses sylves auraient été détruites par versants entiers pour en chasser les bêtes sauvages (2) et mettre à jour de beaux alpages. L’absence brutale de l’arbre entraînant la dispersion du manteau fertile, la sécheresse et la misère, on recommençait plus loin sans tenir compte des avertissements de la nature. Ainsi découvre-t-on aujourd’hui encore, ici et là, des vestiges d’habitations et même de villages en des lieux totalement désertiques...

Comme elle semble bien irréelle l’époque où, selon la légende, le mélèze couvrait les montagnes de Chaillol et de Saint-Bonnet (3) ; où le plateau des Deux-Alpes n’était qu’une vaste tourbière avec des troncs de 4 à 7 cm de diamètre ; où le cirque de Séchier était une ravissante prairie ; où Brande était cultivé et couvert d’une belle forêt comme presque partout...

A d’autres époques d’autres climats : n’oublions pas le chêne antédiluvien de la Savoie découvert en 1874 près de Yenne dans le fleuve du Rhône et dont l’extraction le 24 mars 1884 coûta une fortune... Ce Quercus connu le Dénothérion, un rhinocéros monstrueux ; il a vu le soulèvement des Alpes et il a péri de cette mutation, il y a environ 25 millions d’années. Avec 31,60 mètres de hauteur aux premières branches et un tronc de 8 mètres de circonférence en ce point, avec ses 55 tonnes et un volume de 85 mètres cubes, il fut longtemps un objet de curiosité exposé dans toutes les régions... D’après Le Petit Dauphinois du 12 juillet 1886.



Enfin, des arbres de futaies moyennes ont été découverts dans le vallon de la Lavey ou encore à Prapic à 2000 mètres d’altitude...

Les preuves sont là mais ne font pas les certitudes. Ainsi, fort de ses observations sur le terrain et dans les archives hélas pauvres de précisions, Félix Lenoble, en 1933, dans son livre La légende du déboisement des Alpes (BMG V22828), récuse avec beaucoup de bon sens le déboisement alpin par l’homme. Selon lui, les besoins des armées, de la marine, de l’industrie des martinets, les bois d’usages et de commerce, les défrichements, le pâturage des moutons et des chèvres n’ont jamais influencé la sylve alpestre de façon notoire. Il affirme contre toutes les idées admises à l’époque (et même encore aujourd’hui) que c’est le climat qui engendre la forêt. Ce qui semble logique : avant que pousse une forêt, il faut un climat adéquat, ce que prouvent les révolutions climatiques.

Bref, … certaines époques, le Néron a subi les conséquences des changements climatiques durables. En effet, le "petit âge glaciaire" qui, du XVIe à la fin du XIXe siècle, a ravagé les cultures des hautes vallées et parfois même les habitations qui s’y trouvaient, n’a pas duré assez longtemps pour influencer nos forêts.

Un autre élément important peut influencer l’implantation de l’arbre : le pendage. De ce fait, la sylve Néronienne n’a jamais été très importante au-dessus des escarpements ; ses fortes pentes limitant l’épaisseur du manteau fertile, les arbres de hautes futaies n’ont jamais pu s’y développer, seulement de place en place. Partant de toutes ces observations, il est difficile d’imaginer le Néron couvert de pins et de sapins...


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Aujourd’hui, nos hivers de neiges et de froids pèsent sur la sylve larvée par le feu. Chênes, Hêtres, et Tilleuls du Néron s’abattent au gré du temps pour l’unique voyage qui est le leur : du ciel au sol. Peut-être auront-ils la chance de tomber un été sur un parterre de coquelicots. Celui-ci ayant remplacé les buis. (4)






1) Ce sentier devrait être R6 mais rien ne permet de l’affirmer. En effet, le terme "au-dessus de la Ripaillère" peut aussi bien se rapporter aux itinéraires R3 que R6 qu’à des sentiers aujourd’hui perdus.

2) Devons-nous associer ces actions au surnom des dauphinois ? Les brûleurs de loups avaient pour habitude, lorsque ces bêtes devenaient trop menaçantes ou après un drame (les archives citent souvent des enfants et parfois même des adultes dévorés...), d’acculer les loups en des points où il était facile de les détruire avec des branchages enflammés.

3) Les anciennes forêts du Dauphiné ; Maury ; le Dauphiné du 13 août 1899.

4) Outre notre pavot, les ronces trouvent aussi dans les cendres un terrain favorable... Ici et là, les repousses de buis et de chênes annoncent une nouvelle époque.