Le Chemin Romain de la Rivoire

   

« Aujourd’hui, ce chemin qui, en plusieurs points, atteint encore 75 centimètres de large, et en d’autres endroits, se rétrécit jusqu'à 35 centimètres environ, est très vertigineux. Il faut passer de flanc, sans sac, face au vide, en baissant la tête à cause de l’encorbellement, et en évitant de glisser sur le mauvais calcaire. »
                                                           Morel-Couprie, 1907.

 

LE CHEMIN ROMAIN DE LA RIVOIRE

 

Le Jean Rivoyre de 1610 était-il un des ancêtres du maire Marius Rivoire ? Etait-il propriétaire ou exploitait-il simplement un lieu planté de chênes ? Rivoeire (Revoyriis) en 1291, est dérivé de la rouvraie qui est un lieu planté de chênes. Le Rouvre n'est rien de moins que le Chêne.

Enfin, nous relevons une définition erronée : « La Rivoire désigne la rive d’un cours d’eau, en latin ripa... »

Par ailleurs, Boiton, en 1914, nommait ce lieu Les Rivoires. (ADI 6p8/139)

 

Rv1 - P1/P3 381 Chemin Romain ; Chemin de la Blanchardière n° 19 ; Chemin tendant de la Rivoire à la montagne appelée de la plane ; Chemin vicinal n° 12 de la Blanchardière ; Chemin de la Blanchardière.

Chemin de la Blanchardière n° 19 : cadastre de 1842.

Chemin de la Rivoire à la montagne appelée de la plane : cadastre de 1842.

Chemin vicinal n° 12 de la Blanchardière : ADI 6p8/139

Chemin de la Blanchardière : cadastre moderne.

 

Itinéraire des Quatre Chemins à la Rivoire.

 

Chez les Romains, un semiter était un chemin pourvu, comme au Néron, d’une seule voie carrossable, c'était un demi-chemin... Par la suite, le terme demi-chemin s'appliqua à un chemin étroit, c'est-à-dire à un sentier.

 

Ce chemin est l’itinéraire le moins raide pour joindre le Poste Romain depuis La Rivoire. C'est aussi, pour les montagnards habitués aux passages vertigineux l’itinéraire le plus rapide après celui des Sapineys.

 

Aux Quatre Chemins, suivre au levant le Chemin Romain large et bien visible malgré la végétation. La première épingle du chemin est marquée par la borne forestière n° 33 et les vestiges de la Source des Aiglons. Un sentier sans grand intérêt pour nous traverse à gauche les vestiges de la source. La borne n° 34 marque la deuxième épingle du Chemin Romain qui tourne à gauche.

 

381 - Contrairement à la logique physique des chemins, Boiton, dans son Plan général des communaux de St-Martin-le-Vinoux de 1914, nomme "Chemin vicinal n° 12 de la Blanchardière" le chemin qui part de la Rivoire, passe à la borne 34 et, ignorant le Chemin Romain, continue tout droit jusqu'à la Croupe de Narbonne. De ce point, son chemin devient le "Chemin de la Rivoire aux Sapineys". Lequel, remontant par N2, passe aux Quatre Chemins et se poursuit au-delà de la passerelle vers le Poste Romain. Le sentier qui, de Rv1 arrive au "Chemin de la Buisseratière" en traversant la Source des Aiglons est nommé "Sentier d’exploitation" dans ce même document. De ce fait, le Chemin Romain entre les bornes 33 et 34 est anonyme...

 

Quant au Chemin de la Blanchardière actuel, c'est un autre chemin (G2) qui traverse le hameau du même nom comme le note le cadastre de 1842.

 

De la borne 34, suivre au levant le Chemin Romain. Il laisse presque aussitôt, à main gauche, une galerie de 4 mètres... Plus bas, il débouche sur un chemin de travers dominant un champ. Prendre à droite pour déboucher sur un chemin d’exploitation refait en 1999 au bulldozer. Il n'est pas certain que nous soyons toujours sur le Chemin Romain. Bref, cette "voie" débouche à quelques mètres de la route, au niveau du panneau indiquant la limite de la Rivoire, en amont de ce hameau.

 

Rv2 - P2  Chemin Romain ; Chemin de la Blanchardière n° 19 ; Chemin tendant de la Rivoire à la montagne appelée de la plane ; Chemin de la Rivoire aux Sapineys.

Chemin de la Rivoire aux Sapineys. (ADI 6p8/139)

 

Itinéraire des Quatre Chemins aux escarpements.

 

La découverte du Chemin Romain revient au génie militaire. C'est à l’occasion de la construction de la « route des batteries » que le capitaine Delahet, visitant les escarpements orientaux du Néron pour la défense de Grenoble, découvrit en 1891 ces vestiges oubliés par les mémoires et les archives.

 

Aux Quatre Chemins, prendre vers l’ouest le Chemin Romain. Une vingtaine de mètres plus loin, on trouve à main droite un bloc rocheux blanc. Ce bloc est du granite à gros grains déposé par la dernière glaciation. Poursuivons vers le Néron. Plus loin, au sommet du Clapier du Dromadaire, au pied d’un rocher vertical, H. Müller trouva une sépulture romaine (squelette entouré de tuiles et recouvert d’une couche de terre mélangée à des tessons du haut Moyen Âge.) On arrive bientôt sur le chemin taillé au passage facilité par la pose, en 1997, de câbles neufs. Peu avant la passerelle, on enjambe quelques-unes des mortaises parfaitement conservées qui soutenaient le tablier du Chemin Romain. On peut observer en outre à ce niveau, à hauteur du câble, la plaque commémorative fixée en 1978 par la Société Touristique du Dauphiné en souvenir de la pose de la passerelle en 1911.

 

Pourquoi un poste gallo-romain ?

 

L’histoire du chemin et du poste gallo-romain commence en 298 de notre ère, sous le règne de Dioclétien. Le grand marché qui se tenait alors à Cularo (Grenoble) après la fonte des neiges et qui rassemblait, fin avril, les montagnards des environs, était particulièrement agité. De graves nouvelles se colportaient sous le manteau, l’inquiétude se lisait sur tous les visages et les transactions s'en ressentaient, chacun ayant hâte de regagner son village. Les foires et les marchés étaient à cette époque des occasions exceptionnelles pour les montagnards, qui y trouvaient les produits qui leur étaient nécessaires, tout en y vendant les leurs. Ils y apprenaient aussi des nouvelles parfois vieilles de plusieurs mois, mais que leur éloignement ou leur isolement dans les neiges des hauts plateaux leur interdisait de connaître plus vite.


Les persécutions contre les chrétiens, les guerres lointaines, les incursions des barbares autour des frontières, les troubles dans l’empire et les préparatifs des travaux gigantesques devant donner des murailles à Cularo, tout concourait à troubler les esprits.

En effet, des ordres venus de Rome avaient amené la démolition des maisons qui se trouvaient en bordure de la ville, au Sud-Est et au Sud. Le temple de Mars seul était resté debout. Sur l’emplacement des maisons rasées, une nuée de terrassiers commençait les tranchées pour fonder le mur d’enceinte, des monceaux de matériaux, statues, colonnes, tombeaux et inscriptions brisés, des moellons, débris de maisons, des pierres prises à la base du Rachais ou Mont-Esson, étaient déposés à pied d’œuvre...


C'est à cette époque, que furent commencés les remparts gallo-romains qui servirent si longtemps à protéger Cularo qui deviendra Gratianopolis. Ces murailles dont on retrouve des vestiges dans les vieux quartiers de Grenoble, furent construites hâtivement afin de mettre la ville à l’abri de coups de mains possibles. Ces travaux produisirent une profonde impression sur les habitants des villages environnants qui ne pouvaient ni se fortifier ni se défendre... C'est ainsi que des refuges furent créés sur les sommets les plus voisins et que furent aménagés pour la défense, des points d’accès difficiles, qui avaient déjà abrité à maintes reprises, en remontant dans le temps, les populations plus anciennes des âges du Fer, du Bronze et de la Pierre.


Autour de Grenoble, Saint-Loup près de Vif, Rochefort, Comboire, Les Quatre-Seigneurs, la Plate-forme de la Bastille, Cornillon, Pariset, le Neyron, le sommet du Rachais, etc., furent aménagés pour servir de refuge aux populations des villages voisins ; les grottes servirent au même usage, la Grotte Vallier, celle des Sarrazins, d’autres à l’Echaillon, celles de la Buisse, du Grand-Raz, de Crossey, de Fontaine, de l’Hermitage, etc., furent occupées pendant les temps troublés qui suivirent ; elles ont gardé jusqu'à nous les témoins matériels de ces âges de terreur.

Mais une plate-forme particulièrement bien placée attira l’attention du Gouverneur de Grenoble, tant par sa situation en sentinelle avancée sur les vallées convergentes, que par les difficultés presque insurmontables qui en interdisaient l’accès à quiconque n'en connaissait pas les rares cheminées d’accès.

Cette montagne, c'était notre Neyron. A une hauteur correspondant à celle de Pariset, une plate-forme offrait un vaste espace de plus de 150 mètres de longueur et 40 de largeur, bien favorable à l’établissement de constructions pouvant abriter un poste de guetteurs, recrutés parmi les légionnaires vétérans et recevoir les habitants des villages les plus proches. H. Müller. 


Le chemin gallo-romain.


Selon Morel-Couprie, les habitants de Narbonne ignoraient totalement l’existence du chemin taillé. Sur le plan cadastral le chemin Rivoire, qui suit en grande partie sinon intégralement le vieux tracé gallo-romain, est indiqué comme aboutissant au rocher. Le clapier supérieur boisé, qui domine le Clapier du Dromadaire (2), et les éboulements avaient du reste couvert ou détruit le chemin sur près de 200 mètres. Bref, en montant vers la passerelle, on passe sur deux zones où la voie a gardé sa largeur primitive, c'est-à-dire environ 2,30 m.


Le 26 mars 1891, nous l’avons déjà vu, le capitaine Delahet découvrait le chemin romain.



En 1895, Flusin et Chaumat passaient le hiatus pour la première fois. (3) Thorant et G. Dodero referont le passage la même année.


En 1906, Elysée Isnard descendait quelques mètres suspendu à une corde fixée dans une petite gorge martelée dans le rocher et, après un balancement, rejoignait la paroi amont du hiatus. Comme ses prédécesseurs, il gravissait ensuite la paroi Est pour atteindre l’arête.


En 1907, des touristes inconnus logeaient un fragment de manche à balai dans une cavité du hiatus qu'ils passaient ensuite à l’aide d’une corde.


En 1911, Isnard, Clément neveu, E. Blanc, Priest, Müller fils passaient le hiatus avant la pose de la passerelle.

H. Müller. 


La construction du chemin


  • L’inspection de la montagne montra aux ingénieurs romains tout le parti à tirer de cette situation, et après avoir tracé un chemin accessible aux bêtes de somme reliant Narbonne à la face orientale du Neyron, un grand nombre de travailleurs s'attaquèrent au rocher, dans lequel ils taillèrent à grand renfort de pics et à la broche, une étroite voie en encorbellement.



La première partie demanda de longs mois de travail dans le rocher à pic. Il était impossible à deux hommes de travailler de front. Des cordes amarrées çà et là permettaient néanmoins d’attaquer la roche en plusieurs points. Enfin, un sentier taillé dans les à-pics, vint relier le chemin de Narbonne au poste projeté, une passerelle provisoire lancée sur le hiatus, laissée à dessein, permit le transport de matériaux d’un bout à l’autre du tracé. Les tailleurs de pierres creusèrent des entailles profondes sur le chemin taillé, des poutres perpendiculaires au rocher furent coincées dans ces entailles façonnées en queue d’aronde : elles furent soutenues par des chandelles reposant elles-mêmes dans des entailles ou mortaises. Sur les poutres coincées dans les entailles, les Gallo-Romains fixèrent un tablier en longrines équarries, ayant leurs extrémités enchevêtrées, le tout formant un plancher assez large pour le passage de deux hommes ou d’une bête de somme chargée. En travers du hiatus, un savant assemblage de poutres dont certaines dépassaient huit mètres de longueur, furent accrochées ou logées dans des mortaises creusées sur la roche et supportèrent une passerelle massive et solide qui franchit le vide ; une barrière munie d’une porte et un abri pour deux gardes furent également scellés à la roche à quelques mètres en amont de la passerelle. On y retrouve toujours les petites entailles ayant supporté des poutres et on distingue encore une petite rainure destinée sans doute à canaliser en gouttière les eaux pouvant venir des rochers supérieurs. Deux hommes armés, pouvaient arrêter une troupe venant de la plaine et au besoin incendier la passerelle.


Tous ces travaux ne se firent pas sans accidents, quelques travailleurs, payèrent de leur vie ce triomphe de l’homme sur la nature, quelques-uns, étrangers au pays, sans parents, furent inhumés sur les chantiers... (4) 

H. Müller.


Lancement d’une passerelle.


Le 26 mars 1891, le capitaine Delahet découvrait et reconnaissait le chemin taillé, son encorbellement et ses entailles jusqu'au hiatus. (5)


Le 1er octobre 1893 et le 15 du même mois, en fouillant la grotte de l’Ermitage avec F. De Villenoisy, son propriétaire actuel (6), nous avons récolté, dans des couches bouleversées antérieurement, une hache en pierre polie (7), des pointes de flèches en silex, quelques silex taillés, des perles de colliers en pierre, deux petits anneaux en bronze et divers débris céramiques à classer au néolithique (âge de la pierre polie), au Bronze et au Gallo-romain. La tuile à rebords (Tegulae) gallo-romaine était assez abondante.


Le 8 juillet 1894, entre l’amorce du chemin du Muret à la Monta et le Neyron, j'ai relevé de nombreux débris de tuiles gallo-romaines dans les pierres extraites des champs. (8)


Le 26 août 1895, avec le Dr Paul Dodero qui m'y conduisit, nous avons reconnu le chemin gallo-romain de la face Est. Ma conviction immédiate, en présence de l’encorbellement et des mortaises taillées à la broche, fut que nous étions bien en présence d’un travail gallo-romain.

Entre temps, avec F. de Villenoisy, nous avions recueilli des débris de tuiles gallo-romaines dans les clapiers de la face Est.

L’ensemble de ces faits m'incita à rechercher la provenance des tuiles et le but atteint par le chemin taillé.

Ne pouvant franchir le hiatus coupant en deux le chemin gallo-romain, il fallait rejoindre sa partie amont par le sentier du pré Neyron.


Le 1er novembre 1895, avec Maignien, conservateur du Musée-Bibliothéque, et F. de Villenoisy, exploration du premier pré du Neyron et recherche de sentiers ascendants probables.


Le 17 mai 1896, tour du Neyron, nouveaux débris de tuiles gallo-romaines face Ouest, à la base.


Le 7 juin 1896, avec Alfred Revol, découverte de fragments de tuiles dans les petits clapiers situés entre le Pré Neyron et le poste qui, ce jour-là, à été dépassé de beaucoup.


En 1897, exploration du deuxième pré Neyron. 


« La prairie située sur le Neyron, au-dessus de l’escarpement qui domine la Buisserate, a fourni un petit silex et de la poterie à grains de quartz,... » Extrait de Brochures diverses Bull cité, 1898, p. 113.



En 1898, le 15 mai, avec J. Sadoux, découverte de la citerne du poste, du bloc erratique et de fragments de tuiles.


A partir de ce jour, les recherches ont été circonscrites sur le plan boisé, excessivement touffu, entourant la citerne, et les efforts ont porté d’abord sur la création d’un sentier du pré Neyron au Poste.


Le 3 juillet 1898, nouvelle reconnaissance au même point avec le Dr P. Bisch.


Le 22 janvier 1899, une tranchée centrale, pratiquée dans la citerne, a donné une monnaie en bronze de Claude II et a permis de voir un bétonnage de chaux grasse et de calcaire broyé, formant le lutage du fond de la citerne.


Le 12 mars 1899, avec J. Sadoux, recherches le long de la base rocheuse de la face Est depuis l’Ermitage, repéré plusieurs abris et petites grottes, dépassé le chemin romain jusqu'à une faille ouverte à la base de l’à-pic, sous le sentier en Z. Le même jour, reconnu un tracé nouveau, très rude, partant de la base du clapier dit du Dromadaire (2) et permettant d’accéder au poste. (9) Ce tracé est situé entre la corniche conduisant aux prés du Neyron et le chemin romain.


1900. Deux expéditions au poste.


1901. Deux expéditions, entre autres avec M. Flusin, le Dr Bertrand, L. Poulat, etc.


Le 7 mai 1902, avec Jean Müller, recherches à la base de l’escarpement au-dessus de La Buisserate.


Vers un gros bloc, recueilli de la poterie Burgonde, VIeme et IXeme siècles.


1903. Deux expéditions, notamment dans le clapier dit du Dromadaire, dans lequel nous avons recueilli des débris céramiques non postérieurs au IVeme siècle.


Le 24 avril, fouillé dans la citerne, dans l’angle Nord-Ouest, recueilli sur le fond et sous des tuiles romaines, un marteau et une enclume de cordonnier.


Le même jour, recueilli un très petit silex et un petit fragment de céramique sur le deuxième pré Neyron.


1905. Une expédition ; début des recherches effectuées pour retrouver le chemin romain du poste au hiatus.


Le 18 mars 1906, expédition au poste avec M. Flusin et neuf personnes, dont huit travailleurs. Fouillé autour de la citerne, recueilli des débris de verre, de poterie, des clous, un anneau en fer, trois petits fragments d’un vase en bronze (?), de la tuile gallo-romaine en quantité, une lame de couteau gallo-romain, deux tassettes d’armure en fer, etc., découvert au Sud-Est de la citerne deux emplacements rectangulaires, dont l’un a son sol en béton de brique pilée (mortier de tuileau) et deux de chaux grasse. Entre les deux, recueilli une lame de couteau en fer.

M. Flusin s'étant entremis auprès de M. d’Aiguebelle, celui-ci me fit don d’une subvention de 200 francs, qui me permit de tracer définitivement le sentier du pré du Neyron au poste (sentier d’Aiguebelle) et de pratiquer quelques fouilles.


Le 6 mai 1906, visite des lieux avec M. Joly, inspecteur, et le garde forestier de La Tronche. M. Jobert, géomètre, assiste à l’expédition, car il s'agit de délimiter les zones appartenant à l’Etat ou aux communes.


Le 28 avril 1907, fouille au poste, trouvé un petit fragment de bronze, du verre et un débris de céramique néolithique.

Ce même jour, avec huit collègues de la S.A.D., recherches simultanées au chemin taillé et au poste. J. Ginet, parti dans une troisième direction, reste dix heures sur une étroite plate-forme dont il ne pouvait pas redescendre. (10)


Le 29 décembre 1907, avec Ginet, tentative négative pour rejoindre le hiatus en partant du poste.


Le 19 janvier 1908, fouille au poste, quatre personnes, découverte du fond de cabane Sud par Ginet.


Le 3 mai 1908, recherches avec le capitaine Gros-Coissy.


En juin 1908, Ginet partant du poste, guidé à l’aide de signaux par Müller père et fils, placés sur le clapier du Dromadaire, rejoint le hiatus. Une autre course le même mois avec Louis Carrière, en partant de Clémentières, a eu pour but de reconnaître le sentier partant de ce village. (11)


Le 29 novembre 1908, avec Longin, Priest, Müller fils, fouille du fond de cabane Sud, débris céramiques et fragments de poterie en pierre ollaire.


Descente par le Muret, remarqué à la fontaine Vierge des traces de coups de broches anciens et de coups de mine plus récents...


Le 25 avril 1909, Ginet, Poinsot, Longin, Morel-Couprie, etc., rejoignent le hiatus en venant du poste.


Le 27 mars 1910, des câbles et des scellements sont montés et déposés dans une cavité près du chemin du poste, au hiatus. Ginet et Müller père et fils.


Le 29 mars, recherches dans le clapier du Dromadaire : fragments de tuiles, de poterie, un silex taillé ; fouille sur le chemin romain au point où ce dernier est à peu près horizontal. Découvert au pied d’un rocher à paroi verticale, un squelette humain à 35 cm de profondeur. La première couche sous le gazon donne quelques clous et de petits fragments céramiques à attribuer du VIe au VIIIe ou IXe siècles. La couche recélant le squelette contient quelques fragments de tuile romaine.

Le squelette, tête à l’Ouest, rongé par les radicelles des végétaux, est considérablement réduit. Les vestiges du crâne montrent que l’on est en présence des restes d’un individu masculin de petite taille, adulte. L’ensemble de la fouille permet de supposer que l’inhumation doit être très proche de l’époque des travaux du chemin taillé. On peut donc songer à un ouvrier décédé accidentellement. Les os, en mauvais état, n'ont pu permettre de vérifier l’hypothèse d’un traumatisme.


Le 10 avril 1910, avec le lieutenant Touchon et deux hommes, fouille et déboisement près de la citerne côté Nord-Ouest. Nombreuses tuiles romaines brisées, laissant supposer qu'il y avait une toiture en ce point.


Le 24 avril 1910, recherches dans le clapier du Dromadaire, débris de tuiles, de poteries, trouvé un broyeur en quartzite. Ces broyeurs, employés jusqu'à l’époque romaine par des potiers gaulois arriérés, servaient à concasser des roches dures, granit, gneiss, feldspath, etc., sur un bloc rocheux, pour obtenir un gravier fin, à éléments anguleux. Ce gravier était destiné à servir de matière dégraissante, inerte, dans l’argile à poterie à laquelle on le mêlait.


Il y a donc un problème nouveau posé du fait de la découverte de ce quartzite, celui de la possibilité de retrouver sur ces pentes des fonds d’habitats gallo-romains ou antérieurs.


Le 19 juin 1910, premières mensurations effectuées sur le chemin taillé et le hiatus, dans le but de faire le plan de la passerelle à lancer. Les Docteurs Dupuy, ses deux fils, Chabannes, Gontard, Müller père et fils en amont. Isnard passe le hiatus. Descente sur le Muret.


Le 25 mai 1911, S. Chabert et Priest en aval, Ginet, Vallier, Blanc, Müller père et fils en amont, posent le premier câble, dit cäble Ed. Silvy (en commémoration de son appui financier). Huit scellements sont posés, dont sept pour ce premier câble de 26 mètres qui traverse le hiatus. (11)


Le 7 juin 1911, Louis Carrière, A. Clément, Priest, Müller père et fils en aval (amenés par A. Clément), posent quatre nouveaux scellements portant 21 mètres de câble et 40 mètres de fil de fer. (12)


Le 5 novembre 1911, Clément neveu, Jean Müller en amont, Priest, Paquet frères (serruriers-constructeurs), Guillot (serrurerie d’art), le garde de Saint-Martin-le-Vinoux, etc, en aval, prennent les dernières mesures. Le passage du hiatus est fait sans câbles par les touristes venus de l’amont.


Le 19 novembre 1911, pose de la passerelle. Les chevaux n'ayant pu haler à plus de 100 mètres sur le chemin gallo-romain (chemin de la Rivoire), la charrette portant les matériaux, ceux-ci, du poids d’environ 600 kilogrammes, sont transportés par des moyens de fortune en six voyages jusqu'à 250 mètres du hiatus. Le transport en est ensuite fait à dos d’homme jusqu'au hiatus.

M. Priest avait, quelques jours avant, tracé un sentier entre le rocher au squelette et le chemin taillé.

Les parties les plus lourdes, qui sont des fers en "I" du poids de 50 kilogrammes, assemblées par de solides éclisses, sont lancées avec de grandes difficultés, vu l’étroitesse du chemin taillé. Les hommes étaient attachés au câble. Deux scellements, près du hiatus, ont supporté à certains moments les efforts de cinq hommes ajoutés au poids des poutrelles éclissées qui atteignait 250 kilogrammes. Une équipe de trois hommes en amont collaborait aux efforts de celle d’aval.


Les journées des 19, 20 et 21 ont été nécessaires pour boulonner les 41 traverses en chêne formant le tablier de la passerelle et pour faire les scellements nécessaires. Les deux béquilles supportant la passerelle par-dessous, ont exigé un travail pénible et dangereux ; il a fallu suspendre les travailleurs sous la passerelle pour creuser, dans une roche très dure, de grands trous destinés à recevoir la base des béquilles. Une légère barrière fut ensuite fixée sur la passerelle du côté du vide et une couche de peinture termina le travail.


Le 19 novembre, onze personnes ont concouru au lancement. Ce sont, avec M. Guillot, deux de ses employés, M. Gagnaire et M. Monnet, ensuite Priest, Ginet, Chapays, E. Blanc, un voiturier, le baron Albert Blanc, Müller et fils. Il est équitable de reconnaître ici l’excellent esprit qui anima les travailleurs lors du lancement de la passerelle, ils ne consentirent à déjeuner que lorsque la charpente de la passerelle fut lancée, il n'y avait pas moyen de les en arracher.


Les 20 et 21 novembre, E. Blanc, Priest, Gagnaire et Monet achevèrent le travail ; vingt-cinq journées ont donc été nécessaires pour l’édification de la passerelle.

Il est indispensable de signaler que, le 19 novembre, une caravane du Club Alpin composée de 14 touristes, dont des dames, et guidée par M. Lory, a utilisé le nouveau passage et cela de nuit. C'était là une consécration très heureuse.


Le 26 novembre, avec M. Revel (secrétaire de la S.A.D.), Ginet, Priest et Blanc, un deuxième fil de fer et deux scellements ont été posés en amont de la passerelle. (Il y a actuellement 19 scellements et 108 mètres de câbles ou fil de fer.)

Divers travaux de consolidation au ciment, sur le chemin taillé, ont été terminés et le sentier amont, dégagé et rectifié au premier tournant.

Le même jour, une recherche dans le clapier du Dromadaire a donné de la poterie et deux silex taillés.


Le 10 décembre 1911, une caravane de quarante-six personnes, la plupart membres de la Société des Alpinistes Dauphinois, inaugurait la passerelle.

Le repas de midi fut pris au poste qui, depuis la collective de soixante personnes menée par Morel-Couprie en 1908, n'avait pas revu pareille animation. Il y eut un peu de champagne, quelques toasts, après quoi les uns reprirent le même chemin, d’autres descendirent par la corniche de l’Ermitage pendant qu'un groupe important prenait le sentier du Muret.



ADDENDA


J'ai contracté des dettes vis-à-vis de tous les collègues qui, depuis 1893, m'ont aidé dans mes recherches, souvent pour m'être simplement agréables ; ils sont trop, je les remercie en bloc, les ayant nommés pour la plupart au cours de ces notes.

Aux côtés de MM. d’Aiguebelle, Ed. Silvy, S. Chabert, Dr Louis Bisch, la plus belle place revient à la municipalité de Saint-Martin-le-Vinoux, qui a compris l’intérêt que présentait la restauration du passage gallo-romain ; sans les 300 francs que fit voter son maire, M. Auvergne, tout serait encore à l’état de projet.

Je ne peux oublier les aimables et indispensables démarches de Louis Carrière.

Enfin, les sociétés alpines de Grenoble ont droit à mes biens vifs remerciements. Toutes ont compris, selon leurs ressources, qu'elles devaient subventionner cette tentative.

H. Müller.


A PROPOS DE LA PASSERELLE


La Montagne, page 710, décembre 1911 :


Un de vos collaborateurs, trop aimable pour moi, me fait "présider la reprise des travaux gallo-romains abandonnés depuis tant et tant de siècles". Je vous serais reconnaissant de vouloir bien me permettre d’indiquer ce qu'a été cette présidence irréelle et de préciser l’historique de la question...

...mais de tous ces travaux, je n'ai nullement présidé, j'ai mis la main à la serpe et à la broche ; sur 12 scellements, j'ai tenu à en effectuer 5. Les câbles d’abord, et les scellements (que j'ai forgé par économie), ont été montés à pied d’œuvre par un camarade, mon fils et moi. Morel Couprie, Flusin, Chabert, Lieutenant Touchon, Isnard, Clément, L. Carrière, etc., peuvent témoigner de tous ces faits...

...Je tiens à signaler que l’ensemble des recherches et des travaux effectués au Neyron, l’a été surtout dans un but archéologique et historique, mais je serais, en même temps très heureux si le résultat, pouvait contribuer à rendre le Neyron plus accessible.

H. Müller.


suite Rv2 Plus haut, juste après une minuscule prairie, on arrive au Poste Romain ; on ira voir à gauche des 10 premiers mètres de l’itinéraire T1 ce qu'il reste du poste à feu et refuge : une vaste citerne.

Le randonneur observera souvent au Poste Romain et ses abords le labour systématique du sol par les sangliers.


^ Nous pouvons aussi ranger le Poste Romain parmi les stations méridionales du Néron. En effet, quoique le pré même du Poste Romain soit assez humide et présente une végétation adaptée à cette fraîcheur, la barre rocheuse arrive jusqu'à la limite de ce pré. C'est ce qui nous explique la présence de Pistacia Terebinthus, de Rhamnus Alaternus et de Rhus Cotinus qui atteignent ici à peu près leur limite extrême en altitude. Le Juniperus thurifera, seul, remonte bien plus haut mais avec une taille réduite. Signalons en passant une belle colonie de Polygonatum officinale, Asphodelus albus et Litium Martagon. Cette dernière espèce fait partie du cortège du hêtre dont la limite arrive non loin du Poste Romain. Notons çà et là de petites colonies de Narcissus jonquilla.

Des blocs erratiques de grès houiller Murois (le plus beau bloc est situé à l’angle sud-ouest de la citerne) nous montrent l’importance des glaciers Würm et expliquent la présence du Pteris aquilina.

Au-dessus du Poste Romain, en suivant l’arête, on ne trouve plus que quelques types méridionaux. Cette flore se continue cependant encore assez loin sur la barre rocheuse elle-même, mais il est très difficile d’en déterminer les limites exactes, l’exploration étant à peu près impossible en dehors des itinéraires indiqués sur les cartes.



La construction du poste


Lorsque le chemin fut praticable, des bûcherons déboisèrent la plate-forme, des terrassiers et des carriers nivelèrent le sol, et les tailleurs de pierre creusèrent une vaste citerne mesurant 14 mètres sur 7, avec 2 à 3 m. 50 de profondeur. Les coups de broches des tailleurs de pierres sont encore bien visibles sur la paroi Nord de la citerne dont le fond fut rendu étanche à l’aide d’un mortier de chaux grasse et de pierre broyée. On remarque encore deux entailles qui ont dû recevoir des poutres transversales soutenant la charpente d’un toit et un bloc de calcaire portant une cavité qui pourrait être un petit mortier ou une crapaudine pour une porte à pivot en bois.

Des bâtiments furent élevés autour de la citerne qui fut remplie par la pluie recueillie par les toits des maisons, ainsi que par celui de la citerne même. Le sol des habitations fut bétonné avec le ciment ou mortier de chaux grasse et de brique pilée, et le refuge fut bientôt en état de recevoir les guetteurs et les villageois.


On ne peut évaluer encore les quantités considérables de gravier pris à l’Isère, de tuiles et de chaux, qui furent montés par le chemin taillé, mais les débris des grandes tuiles creusées à rebords parallèles, des tuiles creusées demi-rondes, des grandes briques carrées de dallage, se rencontrent sur toute la surface de la plate-forme dès que la pioche en sonde le sol.

Le poste ainsi constitué, fut peu occupé, si ce n'est vers 352 lorsque Magnence fut défait entre Lyon et Grenoble, ensuite en 383 quand Gratien fut assassiné à Lyon, et enfin en 413 lorsque Jovin, usurpateur gaulois, fut pris à Valence par Ataulphe, roi des Goths. Après chaque bataille, les vaincus (et parfois les vainqueurs à leur suite) s'organisaient en bandes qui, en s'enfuyant, dévastaient tout le pays. Les nouvelles rapidement transmises par des fuyards, faisaient mettre les villes en défense et les populations rurales gagnaient leurs refuges.


Du poste, situé vers 750 mètres d’altitude, on peut observer un pays immense et correspondre par des signaux-feux avec la plupart des autres refuges. C'est une des meilleures situations et des mieux protégées ; aussi, jusqu'à preuve absolue du contraire, je crois qu'il y a eu en ce point une vigie intéressant la défense générale et dont l’installation colossale ne pouvait venir que d’un haut pouvoir public.


Après la victoire des Goths un grand nombre des habitants des environs de Gratianopolis, purent pénétrer dans la ville avec leur bétail, mais nombre d’autres se retirèrent en hâte dans les refuges, celui du Neyron connut cette fois pendant quelques jours une animation qu'il ne devait plus revoir. La vallée de l’Isère, éloignée des grands passages des bandes armées, peu riche, resta longtemps dans une tranquillité relative après l’immigration des Burgondes venus pacifiquement. Aussi, les refuges furent délaissés et lorsque les incursions armées reprirent les chemins des Alpes, vers le huitième siècle, les habitants avaient perdu le souvenir des abris ancestraux. Le chemin gallo-romain du Neyron fut ruiné par les intempéries, les charpentes n'étant pas entretenues, le pont s'écroula, les racines des arbres disjoignant les pierres firent tant, que lorsque le chemin fut détruit, la rude montagne fut oubliée. (13)


A seize siècles d’intervalle, les descendants des citoyens de Gratianopolis revenaient au poste romain du Neyron, non plus en fuyards, mais en conquérants devenus maîtres de la montagne grâce à une nouvelle passerelle de fer, triomphe de l’industrie moderne, installée en novembre 1911.

H. Müller. (14)

Bibliothécaire de l’École de Médecine. 


ENCORE LE NEYRON


Témoignage de Cousin Bénédict paru dans la revue des Alpes Dauphinoises de septembre 1907 sur un incident relatif au hiatus de la voie romaine.


Le 5 mai, par un beau matin printanier, nos collègues, MM. Borne, Lépine, Richard (Octave), deux étudiants allemands, MM. Kolmann et..., s'acheminaient sous ma haute direction vers le chemin romain du Neyron.

A l’Ermitage, notre ami J. Ginet, de la Buisseratte, vint se joindre à nous jusque sous la brèche, le hiatus, qui coupe le chemin romain. Là, malgré nos avis et nos recommandations, le brave Ginet voulut réaliser tout seul, et sans corde, ce qu'il avait déjà tenté en compagnie de notre collègue Couprie. Le résultat ne se fit pas attendre, car nous étions à peine sur le chemin romain que notre attention fut attirée par des cris poussés par Ginet, que nous découvrîmes bientôt, juché sur une petite terrasse très inclinée, mais heureusement garnie de buis et de chênes. Il ne pouvait redescendre, ayant cassé, en montant, un pied de buis qui lui avait facilité son escalade.

Il fut alors convenu entre lui et nous, après une charmante conversation criée, que nous descendrions vers la corniche qui conduit au Pré Neyron, et qu'après avoir atteint le camp romain, nous irions rejoindre la voie romaine, au-delà du hiatus, que nous ne voulions pas chercher à franchir. Il était sept heures du matin, vers neuf heures, nous étions au camp où nous attendaient MM. Petizeau et Joseph.

Après avoir consacré quelques minutes à nous restaurer, tout en pestant contre l’imprudent Ginet, nous avons laissé nos deux compagnons allemands à la garde du Camp et à quatre, dont deux armés de serpes, nous avons pris la direction des escarpements de la face orientale du Neyron, M. Joseph fut laissé en arrière sur un mamelon rocheux, pour guider notre retour. Alors commença une lutte opiniâtre contre les rochers, les buis et les chênes qui garnissaient la moindre aspérité rocheuse. Un vent terrible ployait les arbustes et nous apportait les cris de Ginet cherchant à nous guider. Nous étions arrivés à environ 60 mètres au-dessus de lui, nous l’entendions distinctement, et nous comprenions à ses réponses, que le vent, enlevant nos paroles, ne laissait arriver jusqu'à lui, que des sons confus. Des pierres lancées dans le vide, passèrent juste devant lui, ce qu'il put nous indiquer. A trois, MM. Petizeau, Richard et moi, malgré nos cordes, nous ne pouvions nous risquer sur une série d’à-pics, de dix à vingt mètres de hauteur, en dessous desquels il nous était impossible de voir un point d’atterrissage et surtout de prévoir une remontée facile.

Ne voulant pas mettre l’un de nous dans la fâcheuse position de Ginet, après avoir tenu un palabre absolument exempt de toute gaîté, nous sommes parvenus à faire comprendre à notre ermite malgré lui, que nous allions redescendre sur la Buisseratte pour chercher du secours. Après lui avoir conseillé de s'armer de patience, que nous ne l’abandonnerions pas, nous sommes revenus au camp, distant de 450 mètres environ ; le retour, facilité par nos abattis d’arbustes, nous prit, néanmoins, près de trois quarts d’heure. Il était déjà une heure de l’après-midi.

En arrivant au camp, nous avons eu l’agréable surprise d’y trouver MM. E. Isnard et Debraye, nos nouveaux collègues de la S.A.D., que mon fils avait amenés. Nos collègues, étant partis de Grenoble à 9 h. 1/2, étaient arrivés depuis longtemps et commençaient à s'impatienter.

Tout en cassant la croûte, nous avons expliqué à nos visiteurs ce que nous pensions faire pour délivrer Ginet. Or, chose inattendue, M. Isnard, nous avoua simplement qu'il s'était amusé déjà une fois à franchir le hiatus, l’abîme qui coupe la voie romaine. Il nous déclara, avec la même simplicité, qu'il tenterait bien à nouveau ce tour de force.

N'oublions pas de rappeler que, jusqu'à présent, ce pas n'avait été fait que par MM. Thorant, Flusin et Chaumat.

Après échange de signaux d’entente, notre collègue Isnard, accompagné de M. Richard, prit la descente sur le Pré-Neyron, pour de là, en remontant les clapiers de la face Sud-Est, se diriger sur la voie romaine. Il était une heure un quart.

Moins d’une heure après, les deux sauveteurs étaient sur la voie. Ginet, qui n'avait rien compris à nos explications, leur criait qu'il était perdu, qu'on l’avait abandonné, etc., il fut vite rassuré en voyant le contraire.

Arrivés à l’extrémité du chemin romain, secondé par M. Richard, M. Isnard fixa sa corde à un bec de rocher, préalablement martelé pour y creuser une petite gorge ; là, descendant six mètres à la force du poignet, suspendu sur cent mètres de vide, notre collègue, d’un coup de pied, imprima un balancement à sa corde, ce qui l’envoya à plus d’un mètre et demi, s'accrocher à un misérable buis. Après cette opération, et s'aidant d’une fissure, M. Isnard remonta le long du rocher, jusqu'à la partie du chemin romain qui se trouve de l’autre côté de la coupure ; il nous confia, plus tard, que cette petite escalade était la partie la plus dangereuse du parcours.

En suivant ce tronçon du chemin romain, M. Isnard arriva rapidement au-dessus du buen-retiro de Ginet, qu'un rocher arrondi lui cachait ; après plusieurs essais contrariés par le vent, il parvint à lui envoyer une corde qu'il avait fixée à un solide chêne.

Pendant que l’abandonné escaladait la croupe rocheuse, notre collègue, qui ne pouvait lui être utile, fit une légère collation, qui dura les douze minutes que mit Ginet pour gravir les vingt-cinq mètres qui le séparaient du chemin romain. Enfin, un dernier effort et il fut dans les bras de son sauveur, qu'il ne savait comment remercier ; il était quatre heures et demie. Notre rescapé vida alors une gourde, sans vouloir manger, et nos deux nouveaux amis, Ginet en tête, prirent, au travers des escarpements, la direction du camp. Pendant ce temps, mortellement long et angoissant, sans aucun renseignement, malgré des vedettes échelonnées sur les rochers, courbés sous le vent, menacés par la neige qui commençait à tomber, nous avions tenu un dernier palabre.

MM. Petizeau et Joseph, partirent à cinq heures, ils devaient nous faire des signaux dès leur arrivée sur le clapier.

Pendant leur descente, nous avons construit un abri dans la citerne, en faisant un toit avec des branchages, pour abriter celui d’entre nous qui resterait au camp pendant que les autres iraient donner l’alarme à la Buisseratte.

Brusquement, à 5 h. 20, MM. Isnard et Ginet débouchèrent au camp. Je m'étais promis d’assommer un tout petit peu notre trouble-fête, pour corser la leçon qu'il avait si bien méritée par son entêtement, mais la joie de nous voir tous entiers et réunis, tempéra mon geste vengeur et nos félicitations tombèrent drues sur l’un d’eux, pendant que le second courbait la tête sous nos reproches, ce qui ne l’empêcha pas de casser la croûte allégrement. Notre ermite était à jeun depuis six heures du matin et il avait passé près de 10 heures, sur son belvédère.

En route, et quelques instants après, nous arrivions au restaurant de l’Ermitage où nous attendait M. Richard. Nos deux autres collègues avaient pris la direction de Grenoble, dès qu'ils avaient pu nous voir au complet sur la corniche. Notre entrée fut fort remarquée, le fait était déjà connu et nos vêtements en lambeaux témoignaient de notre lutte contre les buis.


MORALE


Par l’imprudence et l’entêtement de Ginet, qui pourtant connaissait mieux que nous ce quartier du Neyron, une journée qui promettait beaucoup, fut gâtée pour les douze que nous étions. La victime avait failli passer la nuit dans une situation peu commode et peu honorable pour elle, sa réputation en aurait, (disait Ginet), beaucoup souffert. Il se rappelait, mais trop tard, que M. Morel-Couprie lui avait répété maintes fois, qu'on ne devait jamais aller au Neyron sans corde.

Son désir de nous aider à passer le hiatus, chose qu'on ne lui avait pas demandée, l’avait entraîné trop loin, la leçon lui sera certainement profitable.


CONCLUSION


En ce moment, la question du rétablissement du chemin romain, passionne certains dilettantes du Neyron, il serait très amusant, en effet, d’accéder par là, aux vestiges du Camp et de redescendre par la prairie et la Corniche, ou vice-versa, mais, il faut 1° reconnaître et débroussailler le chemin ruiné du Camp au hiatus ; 2° ensuite jeter deux poutres dans les mortaises encore existantes pour franchir ce pas si dangereux ; 3° fixer un câble dans les parties dangereuses du parcours, surtout au pont de poutres et également le long de la corniche taillée au pic, à l’époque romaine. Après cela, on pourra sans danger occuper agréablement une demi-journée à parcourir cette pittoresque partie du Neyron.

M. Aiguebelle a déjà généreusement donné des fonds pour subvenir aux premières fouilles pratiquées au camp et aux travaux de reconnaissance des lieux, M. le professeur Chabert se fait fort de déterminer un courant favorable, financièrement s'entend, à la restauration du chemin et, de plus, l’Administration des Forêts, représentée ici par le très aimable M. Pison, est disposée à encourager ce travail.

Je ne peux oublier M. Jobert, géomètre, qui a consciencieusement repéré, corniche et arêtes, jusqu'au-delà du camp et qui a fait élargir la piste primitive du Pré-Neyron au Camp.

Cousin Benedict. 

DE SAGES DECISIONS


En 1978, le chemin romain était devenu dangereux pour une simple raison : il n'était pas entretenu. Les câbles pourrissaient dans l’indifférence presque générale... Des particuliers, prenant conscience du danger notoire que présentaient ces vieux câbles, changèrent l’un d’eux en 1992 : celui qui équipe toujours un pas délicat peu avant N11.

En juin 1994, un câble indispensable en aval de la passerelle était arraché, sans doute par la chute d’un bloc... La commune de Saint-Martin le Vinoux réagit deux ans plus tard par un arrêté (n° 96 131 du 22 juillet 1996) interdisant ce passage aux randonneurs. Entre-temps, certains d’entre-eux avaient rétabli un vieil itinéraire (N8) au reste beaucoup plus rapide pour atteindre le Poste Romain. Mais la plupart, ignorant ce passage, empruntaient toujours le chemin interdit. Bref, trouvant sans doute l’arrêté communal absurde, des cantonniers anonymes remplacèrent le câble arraché en août 1996. Enfin, en accord avec la commune, le Parc de la Chartreuse, gardant le câble installé en 1992, remplaçait tous les autres câbles du Chemin Romain pour la journée nationale du patrimoine en septembre 1997.





1) Creusé par la société Voisin, Gérardin, Riondet et Fils en 1835 pour la toute première exploitation de Ciment.

2) Aucun rapport avec le Colonel André Brun dit Le Dromadaire.

3) Chaumat et Flusin ont écrit leur aventure dans le Moniteur du 26 octobre 1895.

4) Comme celui du Rocher au squelette découvert le 19 mars 1910.

5) Hiatus : sorte de cheminée.

6) M. Décérier jusqu'en 1999.

7) Il y a environ 12000 ans, « ...les chasseurs venaient pendant la belle saison faire leur nourriture de gibier et s'approvisionner en peaux. On trouve dans les cavernes du Magdalénien et de l’Azilien des restes de ses ossements. A cette époque où les abords du massif se débarrassent progressivement des glaces qui le contournent, où les montagnes de la Chartreuse se dégagent, la limite sup. des forêts était bien plus basse qu'aujourd’hui... »

y"> 8) Un fragment de tuile gallo-romaine a été trouvé au bord du sentier de la Fontaine Vierge, entre le clapier et la source.

9) Chemin des Sapineys

10) Les circonstances de cet incident ont été supprimées puisque nous les retrouvons dans le détail plus loin sous le titre Encore le Neyron.

11) C'est-à-dire par le hameau de la Rivoire.

12) Ces dates ne correspondent pas avec celles de la Revue des Alpes Dauphinoises du 15 mai 1911.

13) L’absence de débris du Ve et du VIe siècle (période Burgonde) au poste gallo-romain prouve, sauf découvertes toujours possibles, que le poste fut abandonné avant cette époque.

14) Les articles de Müller sont extraits de : a) Note sur le chemin et le poste gallo-romain, Articles ethnologiques n° 110, Brochures diverses de 1912, b) Comment furent édifiés le Refuge et le Poste Gallo-Romain du Neyron, Revue Montagnarde du Club Ascensionniste Grenoblois, décembre 1911.