Les arêtes et leurs relations

« Une nouvelle coupure nous oblige à nous rejeter sur le versant ouest ; là aussi, un petit ravin longitudinal nous barre le passage. Les parois en sont à pic, et on va dérouler la corde, quand l’idée nous vient de lui substituer un arbre qui monte du fond du ravin jusqu'à notre portée et de nous laisser glisser le long de ses branches. En souvenir de ce mode de locomotion, l’endroit reçoit à l’unanimité le nom de Ravin des Écureuils. »

Gambiez, 1884.

 

LES ARÊTES

 

La traversée des arêtes reste l’une des plus belles courses de la région grenobloise. Au départ de Narbonne, elle se fait du Sud au Nord par Pré Néron et le Poste Romain. La descente s’effectue généralement par le Couloir de Clémencière et Ripaillère. Dans l’autre sens, l’itinéraire, très différent, complète admirablement la grimpade par l’Arête de l’Écureuil.

 

La première traversée connue des arêtes date de 1884. Elle était surtout motivée pour établir une batterie dans le haut Néron. Gambiez alors capitaine au génie de Grenoble ignorait encore qu'un poste militaire avait été établi quinze siècles plus tôt par les romains. Bref, Lelong et Gambiez firent chacun, à l’issue de cette mémorable expédition, un article dans leur club alpin respectif. Publié dans les Alpes Pittoresques, l’article de Lelong illustre bien les difficultés que le Casque de Néron opposait aux premiers touristes.


Liens : Rimaye info - Le Néron
  

UNE COURSE AU NERON

 

    Le Casque de Néron est une montagne qui jouit à Grenoble d’une fâcheuse réputation ; des bruits sinistres courent sur son compte ; des promeneurs s’y sont égarés pendant des nuits entières ; d’autres, des imprudents sans doute, y ont trouvé la mort. Aussi les ascensions en sont-elles fort rares ; cette raison nous décide à faire le récit de notre course pour éclairer nos imitateurs... S’il s’en trouve.

 

Le jeudi 6 novembre, à sept heures du matin, nous arrivions au village de Clémentières où nous attendait le père Galle, propriétaire à Quaix et son robuste neveu, Marius Giraud, qui s’étaient engagés à nous conduire par la Cheminée de Quaix (1), au sommet du Casque et à nous indiquer le chemin qui, à l’opposé, descend sur Narbonne. Notre troupe, qui se composait de six personnes : quatre amateurs, un guide et un porteur, commença gaiement l’ascension pour laquelle une splendide journée d’automne se préparait. L’air vif du matin activait la marche et en quelques minutes, nous étions assez élevés pour voir, dans leur ensemble, la Pinéa et l’Aiguille de Quaix dont les sommets commençaient à émerger de l’ombre et se baignaient blonds et roses dans les rayons ambrés du soleil levant. Le chemin que nous suivions se dirige vers l’extrémité Nord du Casque ; au bout de 800 mètres environ, on le quitte pour tourner brusquement à gauche et s’engager dans un sentier à peine frayé qui monte presque en droite ligne jusqu'au pied des escarpements. A 200 mètres au-dessus de Clémentières, le sentier rencontre une des sources, trop rares hélas ! qui sortent des flancs de la montagne.

Le touriste avisé doit faire là sa provision ; plus haut, il ne trouvera pas une goutte d’eau, pas une larme : Néron ne pleure pas !... icon_sad.gif

                                                                                                    Grenoble, le 10 novembre 1884.

A. Lelong, membre de la S.T.D. 

 

 T1 - P2 Sentier du Capitaine Gambiez.

 

 

3020.jpgJe nomme ainsi cet itinéraire en mémoire de la première traversée Nord-sud intégrale des arêtes en 1884 par un officier du Génie : le capitaine Gambiez.

L’itinéraire alterne les passages "piétons" et les passages en rochers où les mains sont sollicitées.

    

BOTANIQUE Nous gardons pour mémoire les études botaniques antérieures à l’incendie de 2003. La flore méridionale, aussi bien que les autres types, a beaucoup souffert de cet incendie. Il est pour l’instant trop tôt pour en faire le bilan.

 

Au Poste Romain, on observe plusieurs blocs erratiques de grès houiller où pousse Pteris aquilina. La flore du Pré Rencurel est précisé au chapitre V.

A partir du Poste Romain, à mesure que l’on monte dans la direction du Grand Plateau ou Plateau des Buis, on quitte la végétation méridionale pour retrouver une flore analogue à celle des bois de Chênes de la région inférieure. On observe seulement l’apparition de quelques espèces saxicoles.

L’ascension jusqu'au Grand Plateau est longue ; la sécheresse rarement compensée par les brises. La flore est monotone mais on note l’apparition de l’Aconithum Anthora, hôte des sommets, qui occupe les rochers en compagnie d’Erinus alpinus et d’Arabis stricta ; les buis deviennent des arbres dépassant souvent la cime des Chênes, des Amélanchiers et de quelques Rhamnus cathartica.

La traversée du Grand Plateau fait l’effet d’une véritable oasis. Ici, la terre est plus profonde et moins desséchée aussi la végétation a acquis une remarquable vigueur. Les Buis y atteignent jusqu'à 6 mètres de hauteur ; les Hêtres y abondent ; enfin quelques éléments méridionaux viennent se mêler à la flore montagnarde. Le Chêne, qui n'existe pratiquement plus, est remplacé par le Hêtre et son associé le Tilleul. On y trouve l’association typique des bois de Hêtres mais aussi : Narcissus pseudo-Narcissus, Polypodium vulgare, et quelques pieds de Sorbus Aucuparia.

Les arêtes proprement dites commencent au-dessus du Grand Plateau après une dernière petite épaule rocheuse. La végétation y est très rabougrie ; les vrais arbres sont rares : quelques Chênes, deux ou trois Bouleaux, quelques Pins sylvestres, du Buis en touffes éparses et non en futaie comme au Grand Plateau. Le Juniperus thurifera se rencontre encore jusqu'à 1200 mètres. La végétation arborescente est remplacée partout par une sorte de prairie alpestre à terre sèche et poreuse où pousse un gazon ras et maigre. Les prairies miniatures qui recouvrent les bancs rocheux sur les arêtes sont riches en Sedum album, S. dasyphyllum, Sempervivum tectorum, et Saxifraga Aizoon ; le gazon est formé d’herbes de petite taille comme Carex humilis, Sesleria coerulea, Festuca duruscula. Enfin, on trouve partout, dans les anfractuosités du rocher, abritées contre les vents qui balayent l’arête, des espèces saxicoles et montagnardes.

 

      En cours de route, le randonneur traverse le Plateau des Buis ; la seule partie parfaitement horizontale vue des ponts du Drac ; oasis de fraîcheur, avant l’incendie, souvent fort appréciée dans ce secteur au climat méridional et de pentes soutenues.

La frontière sud de ce plateau se relève légèrement pour former la "Bosse" si caractéristique vue de St-Egrève.

 

ITINERAIRE DE LA BOSSE


Cet itinéraire, par le versant au levant, était voué à une existence éphémère en raison de la première guerre et de l’évolution des philosophies alpines. Aujourd’hui, il ne reste rien de cet itinéraire, aussi, le topo ci-après n'est donné que pour mémoire.

L’itinéraire, dans la barre, est représenté sur la carte botanique de J. Breton et J. de la Brosse.

La première a été réalisée le 17 mai 1914 par René Godefroy, Péronnet, et G. Plattard à la montée ; par René Godefroy, Jean de la Brosse et N. Crapon à la descente. (F à PD)

L’entrée dans le rocher se fait, non pas au point d’attache de la croupe de Narbonne, mais un peu plus bas, au sud. On peut la repérer comme située, en apparence, à l’aplomb du sommet inférieur de ce triangle boisé qui se voit sur le replat de l’arête, au sud de la Bosse. Cet itinéraire et le Godefroy, sur les cartes IGN, sont équidistants du Couloir en Z.

L’approche se fait par Rv2 jusqu'au milieu de la combe qui sépare Narbonne et l’Hermitage. S’élever par un bois taillis coupé en 1912, un éboulis et une bordure étroite d’arbres assez serrés. L’itinéraire est encombré par une végétation gênante mais parfois utile.

A) Monter quelques mètres, légèrement vers la gauche, des rochers faciles.
B) Suivre un long sangle vers la droite et ascendant jusqu'au-delà de ce dos qui prolonge, dans les rochers, la croupe de Narbonne. Dès lors, la montée se fait suivant la ligne de plus grande pente.

C) Franchir un plan incliné occupé par des buis et de la broussaille.

D) Gravir des rochers (assez raides, végétation clairsemée) sur une hauteur de vingt mètres.

E) Escalader un mur lisse de cinq mètres (petit chêne en bas, buis en haut.)

F) Au-delà d’une niche, s’insinuer à droite dans une "mâchoire" de rochers.

G) Gravir un plan identique à C. 
H) Aller à gauche par une corniche ascendante.
I) Escalader la dalle inclinée dépourvue de prises qui coupe la vire en son milieu.
J) Poursuivre par la corniche qui débouche sur l’arête, vers le talus méridional de la Bosse.    

 
LES AVENTURES DE LUCKY LUKE

La Bosse, durant une dizaine d’année, a porté un nom pour le moins curieux : Lucky Luke..

Acte premier

 

«  En 1980, trois montagnards finissant par trouver ennuyeux de ne faire des courses que pour atteindre des sommets, décidèrent de chercher une motivation nouvelle à leur passion. C'est ainsi que commença pour Philippe, Michel, et Vincent une aventure pleine de rebondissements.

 

Leur première idée fut de planter une croix sur un sommet mais le souvenir des romains crucifiant les adeptes de Spartacus aussi bien que ceux du Christ leur rappelait de trop mauvais souvenirs. L’idée d’une construction plus originale fut admise… Oui, mais laquelle ?

Pour mener leur projet à terme, ils avaient conscience que cela prendrait du temps, un peu d’argent, beaucoup d’efforts, et encore plus de persévérance, mais ils étaient fermement résolus.

Très vite vint la question : « La loi nous autorise-t-elle à planter n'importe quoi sur un sommet ? » Non, évidement ! Mais qui ne prend pas de risque n'arrive à rien dans la vie... Cette petite entorse au règlement ne ferait que donner un peu plus de piment à sa réalisation sans nuire à personne.

Commença alors la recherche d’un symbole et le choix d’une montagne. Les suggestions les plus farfelues furent évoquées au milieu des rires telles planter un vélo au Mt-Blanc ou y monter un stand de frites un dimanche de grande affluence. Mais leurs propos s’orientèrent bien vite sur des projets plus sérieux avec deux obligations de base :

1° que ce soit un objet aimé du public afin qu'il soit perçu comme un privilège, une faveur par les habitants des environs.

2° qu'il soit reconnaissable de loin.

Mais quel objet pouvait être admis par tant de monde ? Ceux qu'aiment les enfants répondant à cette question, ce sont les personnages de Walt Disney qui furent retenus.

Aussitôt, les trois amis rassemblèrent toutes leurs B.D. et les feuilletèrent à la recherche de la silhouette idéale. Mais rien ne collait, aucune image ne sautait aux yeux de loin : les personnages avaient tous des contours trop réguliers.

C'est alors que Philippe, l’artiste de l’équipe, eu l’idée de Lucky Luke. Ce personnage débonnaire et efficace est connu et aimé presque autant des grands que des petits. Le célèbre cow-boy chevauchant Jolly Jumper, telle était la silhouette idéale, reconnaissable de loin.

Michel améliora la chose en proposant de ne pas en faire un personnage fixe, mais une girouette afin de lui donner un semblant de vie : celui d’un pauvre cow-boy solitaire observant les alentours.

Ils choisirent ensuite la grandeur de l’ensemble : on trouva honorable de donner à Jolly Jumper la taille d’un poney, Lucky Luke étant dessiné en conséquence. Pour faciliter le transport, il fut décidé de diviser l’homme et son cheval en trois parties :

 1° le corps du cheval avec les jambes de Lucky Luke,

 2° la tête de Jolly Jumper,

 3° le buste du cow-boy.

Enfin, ils choisirent les matériaux : sur trois ossatures ajustables en cornière seront rivetées des tôles. L’ossature du corps de Jolly Jumper devra recevoir le pivot girouette et les deux autres parties de l’ensemble....  icon_sad.gif

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       Peu après cet article (7), je retournais une fois de plus sur les lieux du crime afin de rechercher plus méthodiquement les dépouilles de l’homme et du cheval.

C'est en revenant sur la Bosse, versant ouest, que je découvris d’abord un mat, une sorte de piquet métallique rouillé qui dépassait à peine du sol. "Un vieux panneau du C.A.F. ?" pensais-je... "Ce n'est pas impossible puisqu'en 1914, Godefroy ouvrait l’itinéraire de la Bosse... ...oui, mais sur le versant au levant..." Tirant alors sur le mystérieux mat, celui-ci refusa de bouger. En insistant, du "blanc" apparut et ce n'était pas celui d’une roche calcaire... pas plus celui d’un panneau indicateur.

Bref, que d’efforts pour déterrer Lucky Luke, pour rejeter les rochers de vingt kilogrammes mêlés de buis et de terre qui recouvraient le célèbre cow-boy ; pour démonter, lors d’une "grimpade" ultérieure, la tête de l’un et la gueule de l’autre ; pour tirer au bout d’une corde les décapités...

Lucky Luke, ramené à dix mètres, demandait quelques nouveaux rivets, avant de retrouver son perchoir. Cette fois, je le fis savoir à qui voulait bien m'écouter... Je fis bien. En effet, presque aussitôt, je reçus un coup de fil anonyme. Nous parlâmes longuement et mon interlocuteur m'apporta, six mois plus tard, incognito, un volumineux courrier à partir duquel je pus établir "Les tribulations d’une bande de copains" et "Les aventures de Lucky Luke".

Ces dernières se terminaient ainsi : « Lucky Luke fut alors prestement récupéré, nettoyé, repeint, et bien à l’abri dans un grenier, il attend une nouvelle aventure sur un sommet ou un repos bien mérité dans un jardin privé. »

 

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C’est à l’aplomb du Couloir en Z (itinéraire R4) que les parapentistes courageux s’envolent.

 

LES TRIBULATIONS D’UNE BANDE DE COPAINS

 

Durant l’automne 1978, une bande de copains, garçons et filles, décidait d’effectuer la traversée des arêtes. Voici leur histoire :

 

      « Raymond et Vincent étaient depuis longtemps des pèlerins rompus aux rudesses du Néron. Pour eux, faire la traversée en partant l’après-midi n'était qu'une formalité. Formalité qu'ils escomptaient négocier au pas de gymnastique, d’autant plus que l’automne était déjà bien mûr.

Malheureusement, les copains qu'ils menaient pour la première fois dans cette étonnante montagne n'étant pas habitués aux sentes raides et tourmentées, ils cheminaient avec une lenteur exaspérante. C'est pourquoi, arrivés au Poste Romain, deux d’entre eux, Paul et Denis, choisirent de redescendre malgré l’ambiance bien singulière et plaisante de cette course. Quant aux deux autres, Brigitte et Thierry, ils voulaient mener à bien leur excursion.

Ceux-là, arrivés à la Bosse, ne voulurent rien laisser paraître de la fatigue qui rivait leurs chaussures et leurs regards au sol. S’ils avaient levé les yeux avant de plonger dans le Plateau des Buis, ils auraient vu l’enfilade interminable de l’arête et sans doute auraient-ils imité Paul et Denis...

Ils arrivèrent enfin là où même les buis refusent de pousser de peur de tomber d’un côté ou de l’autre de la montagne. Il faut bien le dire : Brigitte et Thierry, partageant sans aucun doute l’opinion de ces végétaux bourrus, déclarèrent forfait sans cérémonie...  icon_sad.gif

 

 T2 - P3 Sentier des arêtes ; Traversée des arêtes ; Sentier du Capitaine Gambiez.


      Une énigmatique croix placée le 11 septembre 1977 sur un "donjon" rocheux en ruine de l’arête, juste au sud du sommet de l’Avalanche, résume très bien le caractère de la traversée : "Débonnaire mais redoutable."

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       La traversée des arêtes est une varappe magnifique, balisée, qui présente de nombreux passages délicats. Selon le niveau des randonneurs et les conditions météo, ces passages peuvent être redoutables et dangereux ; c’est le danger subjectif, plus meurtrier que la seule difficulté technique.

Le "donjon" cité ci-dessus se contourne par son versant au levant. Au début de ce passage particulièrement vicieux, un piton permet une bonne assurance... Juste après ce mauvais pas l’itinéraire passe au sommet de l’Avalanche, bref fil aérien entre la "ville" et la campagne....

 

Le Couloir Godefroy

 

T2 débouche dans le Ravin des Écureuils à peu près au milieu de sa longueur et en suit le fond vers le nord. C'est vers le sud qu'il faut suivre ce ravin si l’on veut déboucher sur le Godefroy.

De bons grimpeurs escaladent parfois les abords nord du Godefroy infiniment plus sain que le couloir lui-même. Au reste, grimper le Godefroy ne présente plus que l’intérêt d’une exploration puérile étant donné l’état de certains passages.

 

Topo de Félix Germain - 1947 - Escalades Choisies :

 

« Du Ravin des Écureuils occupé par de grands hêtres, trouver sa brèche en U à son extrémité sud. La descendre en franchissant de gros rochers empilés. A droite d’une tour rocheuse trapue détachée de la paroi (Tour Godefroy), descendre vers le sud-est, face à Grenoble, un couloir largement évasé coupé d’une succession de ressauts faciles, parallèlement au contrefort rocheux qui porte la tour précitée. Laisser à gauche une grotte profonde de 10 m. et haute de 5 et, franchissant un léger bombement, appuyer à gauche sur quelques mètres jusqu'à une petite cheminée verticale dite "Chemin‚ sans prise", haute de 4 m., éboulée à sa partie inf. La descendre (II). Par une vire à gauche, puis à droite, des rochers en gradins, contourner l’entonnoir dans lequel se dérobe à sa base la cheminée précitée. On atteint et l’on descend le passage du "Livre", formé par une grande dalle de 3 m. inclinée à 45° et séparée du rocher vertical à sa gauche par une faille d’ 1 m. de profondeur et de 20 cm. de largeur, où l’on se coince commodément. Du bas du "Livre", ne pas descendre directement mais appuyer à gauche par de petites assises de rocailles et descendre sur la bosse rocheuse qui flanque, rive gauche, la partie basse du couloir. Par des vires gazonnées ou terreuses, et des arbustes, on atteint facilement la base de la paroi et les vieux panneaux du C.A.F. (45 minutes) »

   

Descente 1995 :

 

Suivre les indications jusqu'à la Tour Godefroy si caractéristique. Descendre à droite de la Tour tout un clapier en voie d’effondrement (rupture de pente). Descendre encore d’une dizaine de mètres sur la rive droite du couloir. La pente s’accentue encore et l’on trouve, en principe, dans le talweg, bien à l’abri des éboulements, un spit.

Poser un rappel (corde de soixante mètres) ou désescalader. On arrive ainsi dans une vaste grotte située rive gauche du couloir.

Poser un court rappel ou descendre jusqu'à une petite épaule évidente rive gauche du couloir.

Franchir cette épaule vers le nord...


 

P2 à P3 - Ravin Ulrich. (Descente non balisée)

 

De la Brèche Ullrich, descendre dans ce ravin, si beau, si sauvage avant l’incendie. On cheminera, 150 mètres plus bas, au plus près de sa rive droite afin de repérer une vaste grotte sous l’Arête de l’Écureuil. Deux solutions se présentent alors :

Soit on atteint cette grotte puis, en la contournant au levant, atteindre B8.

Soit on poursuit la descente dans le talweg du couloir. En fait, on est dans un gigantesque entonnoir dont le goulet débouche sur l’itinéraire B5, pour ainsi dire sur la pancarte installée en 1909, brûlée avec toute la végétation du secteur en 2003. On ne traversera en aucun cas B5. En effet, on parviendrait alors aux escarpements mortels de St-Egrève.

 

 T3 - P1/P2 Sentier du Capitaine Gambiez.

L’itinéraire, balisé, ne présente pas de problème outre celui de deux ou trois trous.

Du Piton de Quaix, suivre l’arête un bref instant jusqu'à la Piste Vincent...

LES CAVERNES AU SOMMET DU NERON (I)

 

 «  Il existe sur la crête même de Néron, entre le couloir de Clémentières et celui de Quaix, une série de grottes assez curieuses, que nous avons visité par hasard et dont la plupart sont sans doute inconnues des touristes.

A la sortie du couloir de Clémentières sur la crête, contourner par le Nord-Ouest la grosse pierre à cheval sur l’arête ; Après l’avoir dépassée, remonter sur la crête et la suivre en marchant vers le nord. Après avoir franchi une vingtaine de mètres on se trouve sur la crête même, en présence d’un assez grand trou.

Si l’on descend dans cette sorte de puits peu profond, on arrive à une petite excavation bien fermée : une grotte. Dans cette grotte le jour dispense d’allumer une lanterne, Il y règne un courant d’air assez violent. Sur le sol, quelques boîtes de conserves, des coquilles d’œufs indiquent le séjour des touristes, attirés sans doute par l’ombre et la fraîcheur très grande de l’endroit. Cette petite salle, où l’on ne relève pas trace d’humidité, mesure environ 7 mètres de longueur sur 3 de largeur et autant de hauteur. Vers le fond de cette première grotte, s’ouvrent trois passages assez bas pour qu'il faille ramper presque en les traversant.

Le boyau que l’on découvre en bas et à droite fait un coude assez brusque, et conduit en 2 ou 3 mètres, à une autre grotte située sous la première.

Ici, la lanterne est indispensable pour dissiper les ténèbres perpétuelles... icon_sad.gif
                                                                                                          Le Dauphiné, 3 septembre 1916.

 

LES CAVERNES AU SOMMET DU NERON (II)

 

  « ...Une visite plus détaillée, pratiquée le 15 octobre sous la conduite de M. Cl. Espinoux, le fidèle compagnon de M. Pinat actuellement au front, nous a permis de compléter les premières observations, et surtout de définir clairement le sens général de ces hiatus.

Accompagnés de Rémi G., sergent au 4eme génie, munis d’environ 70 mètres de cordes et du luminaire suffisant, nous avons gravi le couloir de Quaix et pénétré dans l’excavation située entre l’Oeil et le pas de Clémentières...  S. Ch. icon_sad.gif

Le Dauphiné, 22 octobre 1916.

 

LES CAVERNES AU SOMMET DU NERON (III)

 

 «  Ainsi qu'on a pu le voir dans les articles de Raoul Pinat et de Samuel Chabert, le Néron nous a révélé une nouvelle caverne qui est certainement la plus grande que l’on connaisse et que pour ce motif nous proposons d’appeler la "Grande Faille". Elle est située sur la terrasse aérienne que forme la crête dans sa partie la plus septentrionale et que seuls connaissent encore les amis du Néron.

La montagne maudite, la mangeuse d’hommes " de la légende n'est presque plus redoutée, grâce aux quelques pionniers qui n'ont pas craint de sacrifier leur temps et parfois de risquer leur vie pour y tracer quelques chemins. Remercions-les : le Néron est devenu très abordable. Certes, il demande çà et là autant de prudence que d’énergie ; mais ce n'est plus la bête malfaisante montrée de loin avec effroi et dont s’éloignaient même certains touristes ayant réussi des escalades infiniment plus difficiles. La persévérance de tous ceux qui ont travaillé à faire de cette montagne une montagne comme les autres, en a multiplié les adeptes et je suis fier d’être de ceux-là ; car je dois au Néron des joies sans nombre, et spécialement la découverte de la faille si intéressante dont je vais parler à mon tour.

Ouverte sur la crête même entre le couloir de Quaix et celui de Clémentière, environ à 40 m. de celui-ci, elle se révèle en haut par une ouverture du sol, ayant 2 m. de circonférence, et s’enfonce dans la roche par un escarpement praticable de 1 m. 50 à 2 mètres.... icon_sad.gif

Le Dauphiné, 26 novembre 1916.

 

C'est par le Couloir de Clémencières que le capitaine Gambiez, en 1884 effectua la première traversée intégrale des arêtes, d’où le nom que je donne aux itinéraires T1-T2-T3. Du couloir, on rejoint le Sommet Nord dit Croix Chabert en cinq minutes, sans problème. A mi-distance de ces deux endroits, un gigantesque rocher surplombant le Couloir du Cyclope est nommé la Tête du Lion.

Au nord de la Tête du Lion, en suivant le fil de l’arête au lieu de suivre le sentier, on rencontre une brèche impressionnante. Un énorme bloc coincé et un vieux piton à anneau marquent cet endroit.

 

LE COULOIR DU CYCLOPE

 

Le Couloir du Cyclope ne débouche pas sur l’arête mais sur une selle située au sud du Couloir de Clémencière. Nos pères, du bloc coincé précité, s’amusaient à descendre de rappel en rappel (et sept fois sur dix dans les branches) jusqu’au couloir, grâce aux pins et aux bouquets arbustifs. Depuis l’incendie, je doute qu’on y trouve le moindre intérêt. Pour ceux qui voudraient s’y risquer, le premier rappel se faisait à hauteur du bloc coincé par le moyen d’un câble caché sous un bloc. Casques, spits, pitons, corde, etc…

 

 P2 Descente du Couloir du Cyclope.

 

Le plus simple pour atteindre le sommet du Cyclope est de quitter le Couloir de Clémencière juste avant le petit ravin qui clôture son ascension. De ce point, une traversée facile vers le sud conduit sur la selle précitée.

 

Dès lors, le cheminement est évident et facile, avec 2 rappels que l’on peut éviter.

Il faut d’abord cheminer plus ou moins par le talweg du ravin, puis, par sa rive gauche, atteindre 15 mètres plus bas le sommet d’un petit promontoire occupé, avant l’incendie, par un bosquet. Là, un rappel de 25 mètres face à Clémencière permet d’atteindre la base de ce promontoire en évitant le passage bref, peu difficile, mais exposé et encaissé du couloir.

Détachez-vous de ce rappel le plus bas possible mais sur la rive gauche du talweg afin de rappeler plus aisément la corde. Poursuivre la descente facile rive gauche puis droite jusqu'au verrou du couloir. Finir la descente par un dernier rappel de 15 mètres sur un arbre ou descendre une vire herbeuse, raide, rive droite, et suivit de quelques singeries dans des arbres. Un cône d’éboulis assez bref mène sur l’itinéraire N4. Le suivre au nord pour retrouver 100 mètres plus loin les itinéraires C3-C4.

 

Topo de 1909 (8) (donné pour mémoire)

 

Temps : 45 minutes. PD. 20 mai 1909. par le lieutenant Touchon et R. Tissot.

 

« Nous descendons du sommet 1280 (Croix Chabert) vers le nord. La piste qui suit la crête du Neiron, tantôt à l’est, tantôt à l’ouest, passe exactement sur l’arête qui, pendant trois mètres environ, est rigoureusement horizontale et forme le fond d’une brèche en U très nette. » (Cette position est située un peu au nord du bloc coincé.)


      Se glisser par une petite cheminée très raide et très étroite jusqu'au titi158.jpgronc d’un vieux genévrier tordu obstruant la voie. Un rappel de quelques mètres sur cet arbre conduit sur une corniche pierreuse très en pente. Obliquer au sud et trouver une fissure, avec quelques broussailles, qui attire l’attention. On arrive sur une nouvelle corniche plus large et boisée mais raide. Gagner, en marchant au nord, une selle herbeuse orientée est-ouest, laquelle domine le sommet du Couloir du Cyclope.

Prendre franchement la rive gauche de ce formidable couloir au reste « le plus grandiose du Néron » écriront les Lieutenants Touchon et Tissot. Descendre de cheminée en cheminée, de ressauts herbeux en ressauts pierreux en restant collé au rocher et parvenir à un éboulement d’énormes blocs formant un gigantesque mur. Lequel est dominé par deux profondes grottes dont l’une respire. Cette partie très particulière de l’escalade nous suggère le nom de "Couloir du Cyclope" tant cette casse verticale ressemble à un mur bâti par des géants pour défendre l’accès de leurs cavernes. Faire un ou deux rappels. Ceux-ci peuvent être évités de même que celui du genévrier par des passages assez difficiles. Se diriger vers le talweg en franchissant une barre puis une pente de terre. Quitter très vite l’assommoir potentiel du cône de déjection par le nord. 

 

Pour monter par ce couloir, voyez l’itinéraire N5.

 

 

 

 

1) Joanne nomme cet itinéraire : "Chemin en face de Quaix". Il s’agit, du moins pour la partie rocheuse, du Couloir de Clémencière.

2) On passera, dès 1900, par ce versant pour atteindre le fond de la Brèche en U entre les deux sommets Nord.

3) De Chame-rousse, plus tard Chamrousse ou encore Champrousse.

4) Ils étaient alors sur "la Bosse" dominant de quelques mètres le Plateau des Buis ou Grand Plateau, exactement à l’endroit où l’on trouvait Lucky Luke.

5) Le Poste Romain, à 20 mètres de là, ne sera reconnu qu'en 1898.

6) De la Corniche de l’Hermitage (N1) au Pas des Fées (N8).

7) « Claude Simon, écrivain, prépare un livre sur le Néron et c'est lui qui nous a prévenu de la disparition de Lucky Luke. » ; le Dauphiné Libéré, 15 mai 1995.

8) Le Couloir du Cyclope, Revue des Alpes Dauphinoises, 15 juillet 1909, p. 3.