Les chemins de Narbonne


« 
On y vit des femmes, des enfants, des vieillards et aussi des guides de l’Oisans rompus aux rudes escalades »...

René Godefroy : le couloir Godefroy
 

 

LES CHEMINS DE NARBONNE

 


Après la conquête de la Gaule par les romains en 121 av J.C. notre région devint une province Transalpine nommée Provincia ou Narbonnaise avec pour capitale la ville de Narbonne. Vers 250, Provincia fut divisée en trois : la Première Narbonnaise avec Narbonne pour capitale, la Deuxième Narbonnaise avec Aix, et la troisième dite Viennoise avec Vienne
(1) qui commanda notre région. Vers 379, l’Empereur Gratien s’arrête dans une bourgade dont le nom signifie "lieu reculé". Cette bourgade, Cularo (2), était établie au seul endroit où l’Isère permettait l’établissement d'un pont, malgré les menaces permanentes du Serpent et du Dragon. Gratien comprenant aussitôt l’intérêt stratégique du lieu lui donna son nom. Le bourg accède donc au rang de cité et va commencer à jouer le rôle de capitale régionale. A ce moment-là, le diocèse de Vienne devenu trop vaste à gérer fut divisé à son tour. Gratianopolis devint alors la capitale de notre région...

C’est à cette époque que l’on décide la construction d'un poste à feu et refuge dans le Néron. Les architectes choisirent, pour camp de base, un terrain parfaitement plat, non loin des sources de l’Hermitage... Ils nommèrent cet endroit facile d'accès depuis Gratianopolis du nom de Narbonne (peut-être en raison du climat qui y règne.) Dans son Dictionnaire topographique de l’Isère, Pilot de Thorey nous dit que le nom de « Narbonne ne daterait que du XVIIIe siècle » mais, dans une reconnaissance de biens de 1271, nous trouvons "Narbona". Jean Emery pense que ce nom pourrait se rattacher à une racine ibère désignant un cours d'eau...

Narbonne, terre natale du chanteur Michel Fugain, possède une chapelle qui organise tous les mercredis, à 20 h 30, un chapelet.

 

N1 - P2 381 Chemin de la Corniche ;

Chemin de la Corniche de l’Hermitage ; Chemin de Pré Néron ; Chemin du Rond Rouge ; Chemin descendant de la montagne ; Chemin d'Exploitation des Sapineys à Narbonne

Passage de la Corniche.

 

Les noms de ce sentier prouvent son importance. Au reste, l’Écho du Néron dans son bulletin de mai 1928 signale à St-Martin une rue du Pré Néron. Les randonneurs le nomment Chemin de la Corniche, Chemin de Pré Néron, Chemin de la Corniche de l’Hermitage... Des chasseurs en 1995 l’appelaient Chemin du Rond Rouge à cause d'une énorme cocarde peinte sur le rocher sans doute pour le situer. Le cadastre moderne le nomme Chemin d'Exploitation des Sapineys à Narbonne, et le cadastre de 1842 dénomme les sections N1 et N7 : Chemin descendant de la montagne. Tout cet itinéraire a été admirablement refait en janvier 2006.

Laissez votre voiture juste en amont du Château de Narbonne et poursuivez à pied jusqu’au n° 2575.

 

Au n° 2495, on remarque un chemin jadis très important. Le cadastre de 1842 le nomme Chemin de Viol Voisinal jusqu’à la draye Casset ; le cadastre moderne : "Chemin rural du mollard", jusqu’à la limite des bois... Bref, à l’origine, peut-être même à l’époque de Gratien, ce chemin venait de l’Hermitage. Notons en passant la similitude du nom de ce chemin avec les "violes" et les "vioules". La similitude s’arrête là, ce n'est pas un "sentier escarpé !"

 

 

Observations sur les chemins de Narbonne.

 

  • La route, peu avant Narbonne, se liait avec le chemin (non représenté ici) venant du Canet. Dès lors, la route passait à gauche du "château" de Narbonne et grimpait sans lacet comme nous pouvons le voir ici et sur la carte de Marchand. Par la suite, elle contournera le "château" par sa droite et utilisera le lacet qui suit, juste avant le départ de N1. C’est le cheminement de la route actuelle. En septembre 1999, le vieux tracé, réduit à un chemin communal, est récupéré par la propriété Bugey-Olivier. En échange les propriétaires cèdent la contrepartie pour l’établissement de quelques parkings.

  • Le Sentier de l’Hermitage (H2) subsiste encore, avec une interruption de 40 mètres. La section sur Narbonne est un chemin carrossable, désormais privé, que le cadastre moderne nomme Chemin rural du Mollard.

  • Au-dessus du Café Boujard, le sentier du Clapier de l’Ermitage (H1) traversait jadis les vignes. Aujourd’hui, la section en traits interrompus disparaît dans les bois et les éboulis de sorte qu’il vaut mieux grimper dans le Clapier de l’Ermitage.

  • Il ne reste rien ou presque du sentier qui partait de l’itinéraire N2 pour se rendre par une branche à la Grotte Vallet, et par l’autre branche à la sépulture romaine.

  • Le chemin entre Rv1 et N2 était nommé Chemin de la Rivoire aux Sapineys par Boiton en 1914.

  • La citerne romaine se trouve à quelques mètres entre les carrefours M4-N10 et Rv2-T1.

 suite N1 C’est donc au n° 2575 que l’on trouve le Chemin de Pré Néron élargi en 1999 au bulldozer mais encore indiqué en 2002 par une vieille pancarte du C.A.F. Cet itinéraire est le plus fréquenté du Néron. Il est si proche de la ville, si méridional, si différent, qu’un après midi de novembre suffit pour faire une promenade jusqu’au Pré Néron.


A la première grimpée suit une partie moins raide au sommet de laquelle, à main droite, part l’itinéraire
N2. Juste après, encore à main droite, part l’itinéraire N7. Notre chemin redescend un peu et traverse plus loin la draie Casset.

 

C’est dans le talweg de cette draie, dix mètres en amont, que l’on rencontre la source : une entrée en maçonnerie s’ouvre sur une galerie sombre et horizontale où court un filet d'eau claire. Longue d'environ 20 mètres, son sol est couvert en grande partie par une plaque de calcite blanche. Une sente en pente douce et rectiligne cachait autrefois une conduite en poterie qui alimentait Narbonne. La pente de la canalisation étant interrompue au niveau de l’itinéraire N1, cette conduite est donc antérieure au chemin N1. Enfin, on peut encore trouver quelques fragments de cette vieille tuyauterie...

 
Le chemin, sur le cadastre de 1842, s’arrêtait au Clapier Pérouse dit aussi Clapier du Dromadaire par les randonneurs.
 

« Situé près du rocher, ce clapier dessine dans les arbres comme une arche de pont plus ou moins irrégulière, gigantesque, la pile de droite tôt interrompue, celle de gauche se prolongeant très loin dans le ravin qui descend sous l’ermitage. Avez-vous un peu d'imagination ? Vous pourrez reconnaître dans ce clapier quelque animal fabuleux par exemple un dromadaire monstrueux, qui tourne le dos au rocher ; la bosse est équarrie, la tête et le cou sont admirablement figurés : si deux des pattes ont disparue si le train postérieur est ravagé, c’est uniquement, croyez-le, pour laisser à votre imagination tout l’intérêt de la recherche, à votre imagination tout l’attrait de la reconstitution. »
Chaumat, le Moniteur Dauphinois, 26 octobre 1895.

 

Au-delà ce clapier, le sentier conduit à travers les buis vers le Néron. On traverse ainsi un deuxième clapier dit Clapier de l’Hermitage par les randonneurs de la belle époque, dit Clapier Pérouse par le cadastre qui ne le distingue pas du Clapier du Dromadaire. La Corniche de l’Hermitage, brève, étroite, mais équipée, longe un petit à-pic inquiétant.

De la corniche, le sentier descend un peu...

 

A l’ouest de la corniche, on atteint en quelques minutes un ravin très incliné, exposé en plein sud et abrité du nord par le dernier ressaut du Néron en ce point.

Ce ne sont plus des taillis de chênes comme avant l’Hermitage que nous trouvons ici, mais une sorte de fourré où nous trouvons en abondance et également répandus : Pistacia Terebinthus ; Rhamnus Alaternus ; Rhus Cotinus ; Buxus sempervirens ; et Quercus pubescens. Ça et là poussent : Juniperus communis et J. thurifera ; Cytisus Laburnum ; et Amelanchier vulgaris. Acer opulifolium et A. monspessulanum remplacent Acer campestre que nous trouvions plus bas ; enfin, de nombreux Lonicera Xylosteum et L. etrusca sont disséminés au milieu ... 

 
suite N1 Le sentier grimpe et arrive en vue d’une petite cote rocheuse, raide et patinée par des générations de chaussures. Une déviation balisée en jaune a été réalisée début 2006 pour éviter cette cote. On chemine ensuite selon les aléas du terrain jusqu’au Pré Néron dont la limite inférieure porte une peinture bleue annonçant le pré : P N.

Juste après, on est à proprement parler au Pré Néron dominé par une grotte.

 

La Grotte du veilleur a si fière allure vue de Pré Néron et des environs que le promeneur peut-être tenté de la visiter... Mais l’aborder est une lutte de tous les instants, une épreuve de ténacité contre l’armée des buis (qu’elle soit de feuilles ou de bois brûlés), et un attrape nigaud : ce n'est qu’un renfoncement dans la roche ! Enfin son nom (ADI 6p8/139) est sans doute une allusion à l’occupation des lieux par les romains : « ... les touristes pourront alors accéder, par la même route que les anciens guetteurs, au poste romain... »                                                                                     La Montagne, juin 1910, p 364.

 
Peu en aval du Pré Néron, on gravit un rocher aride et brûlant, où la végétation présente de nombreuses espèces xérophiles à feuilles persistantes. Mais le pré est un lieu frais où l’herbe est abondante et n'a plus l’aspect des maigres gazons des stations inférieures. Les espèces méridionales sont loin d'être ici dominantes et luttent contre l’envahissement d'une flore plus froide.

Sur les limites du pré, nous trouvons du Buis en abondance comme partout ailleurs au Néron sauf dans le Pré Buisseratte. Le Chêne aussi est abondant ainsi que Rhus Cotinus qui forme de petits bouquets au milieu du pré. Nous trouvons aussi Rhamnus Frangula et Osyris alba ; quelques Pistachiers également. Comme sous-bois, nous avons : Teucrieum Chamœdrys et T. montanum associés avec Pulmonaria officinalis.

Quelques touffes de Calluna vulgaris sont ...

 
Les Prés Néron sont probablement d'anciens essarts ; Boissier affirme que cette pratique primitive était toujours en vigueur en 1724. Une déclaration aux commissaires de la reformation, cette même année, précise d'ailleurs qu’ « 
Il s’est fait beaucoup d'essarts, même depuis peu de mois, dans les communes de Quaix et dans les montagnes de Neuron et de Montrachel… » (Mt Rachais.)

  

N2 - P1/P2 381 Croupe de Narbonne.

 

Dés que l’itinéraire N1 redescend, il faut prendre à droite la Croupe de Narbonne, autrefois lieu-dit Aux Sapineys. Le sentier suit la croupe jusqu’au lieu dit les Quatre Chemins.

 

N3 - P1 381 Chemin Richard ; Sentier des Trois Couloirs ; Chemin des Quatre Couloirs.

Ce long sentier monotone est utilisé pour joindre le Couloir en Z. Beaucoup plus agréable est le sentier R3 depuis le Chemin des Batteries.

Le Dauphiné du 3 décembre 1916 cite dans ce secteur un "Bois de la Cythère".

 

Si, au départ des Quatre Chemins, on remonte le sentier N3 sur environ 45 mètres, on devine une sorte de mollard assez discret situé 35 mètres à gauche du sentier. Il s’agit du cône de déjection d'une galerie d'eau. Aucune trace de canalisation n'apparaît... Il n'est pas impossible cependant qu’on cherchât a conforter les capacités de la Source des Aiglons (Rv1), laquelle alimentait la Rivoire. Léon Barge, dans ses documents, nomme la Croupe de Narbonne "Croupe des Charbonniers". Ce nom semble injustifié ; les environs de N2 et N3 ne présentent aucun vestige de charbonnière. Ces sources ne servaient donc pas à la fabrication du charbon de bois. Au reste, les énormes besoins de Grenoble en bois brut pour le chauffage et la cuisson ne rendaient logique l’exploitation des bois du sud Néron qu’en fagots et bûches. Le charbon de bois beaucoup plus rentable avec du gros bois, plus léger au transport, était fait plus loin, souvent en versants Nord.

Bref, notre galerie présente une entrée éboulée mais une chatière laisse un passage étroit et antipathique (eau jusqu’aux chevilles ; visite risquée.) La galerie, longue de 35 mètres, est entièrement tapissée par une calcite jaune du plus bel effet.

 

N4 - P1 Sentier des Trois Couloirs ; Chemin des Quatre Couloirs ; Chemin du Génie ; Chemin Richard.

 

Le sentier représenté entre le Couloir de Clémencière et le Couloir de Quaix sur les cartes de 1928 et 1996 n'a jamais été mentionné dans les topos pour la simple raison qu’il n'existe pas. Une visite des lieux ne laisse apparaître aucun indice.

Côté Couloir en Z, au départ de N4, on observait encore, avant l’incendie, un très vieux panneau nommant Chemin du Génie notre sentier. Était-il en rapport avec les Batteries et le capitaine Delahet ? O. Richard (qui participa aux recherches de Chabert, Scholastique, Ullrich, et Duboin) ne fit donc que remettre en état la vieille sente du génie militaire.

Plus au Nord, peu avant le Couloir de Clémencières, un fer peint scellé dans la roche définit la limite des communes de St-Martin-le-Vinoux et de Quaix. C’est par la rive droite de cette limite que nos pères parvenaient jadis au Couloir de Clémencières. (C4)

Bref, aujourd'hui, N4, qui est assez exposé, est surtout utilisé pour éviter la Draie de Clémencière ou pour joindre le Couloir en Z ; les autres couloirs n'étant pour ainsi dire plus utilisés.

 

N5 - P3 Couloir du Cyclope.

 

Ce couloir est très nettement plus sain que le "Godefroy" mais les bons montagnards le remonteront avec sagesse, c’est-à-dire avec un casque. La végétation est pour ainsi dire absente dans ce couloir non balisé mais facile à suivre.

 

Le plus facile pour trouver son départ est de suivre le sentier N4 en partant du Couloir de Clémencière. (C3-C4) Le Sentier des Trois Couloirs (N4) descend un peu et remonte brusquement dans un petit cône d'éboulis instables qu’il traverse ensuite horizontalement. Sitôt après, on découvre à la base de la paroi un scellement métallique (limite de communes.) A gauche, les rochers invitent les grimpeurs... Mais c’est à droite que l’on trouve le "Cyclope", au sommet du cône d'éboulis précité...

Le verrou du couloir se franchit par sa rive droite.

 

N6 266 Couloir Godefroy.


Ce couloir dépourvu du moindre buis fut longtemps la voie royale du Néron. Ici, le principal souci du montagnard n'est pas la recherche du cheminement mais la quête incessante d'abris susceptibles de l’abriter des projectiles. Le Godefroy a toujours été un itinéraire dangereux, peut-être encore plus aujourd'hui qu’hier. En effet, dans sa partie haute, un clapier suspendu en voie d'effondrement est une menace perpétuelle. Itinéraire peu recommandable : accessible qu’à une seule cordée à la fois, un groupe de trois montagnards maximum, casques indispensables...

Le Godefroy étant a priori moins dangereux à la descente qu’à la montée, je ne donne que son topo de descente (chapitre XXI.)

 

N7 - P2/P3

Chemin des Sapinées ;
Chemin descendant de la montagne.

Chemin des Sapinées : cadastre moderne.

Chemin descendant de la montagne : cadastre de 1842.

 
Ce chemin, sur le cadastre de 1842, cessait au niveau de la patte avant du Clapier du Dromadaire ou Clapier Pérouse.

  

Émile Viallet fut, selon le folklore lié au Néron, l’un des premiers atteint par cette curieuse maladie endémique qu’est la Neyronite et plus connue sous le nom d'Alpinite. C’est à lui du reste que l’on doit les premiers topos du Néron. Si le premier reste introuvable, nous pouvons imaginer sans peine ce que "le père du Néron" aurait pu écrire : Un balcon plutôt sympathique fermé par un mur démesuré, surplombant, et flanqué d'une petite grotte ; un bosquet de haute futaie ; un filet d'eau incertain caché au fond d'une faille ; des herbes séchées sur un sol de poussière, voilà la tanière du dernier ours...

En effet, la Grotte Viallet est aussi nommée Grotte de l’Oursière. (ADI 6p8/139.)

 

Il faut savoir que les derniers ours bruns ont été systématiquement massacrés à partir du premier tiers du XIXe siècle. Ainsi celui que le sieur Gayet rencontre juste au-dessus du village de Sassenage le 30 novembre 1877... Ainsi les derniers plantigrades de Gresse-en-Vercors et d'Allevard massacrés en 1898 et le 3 novembre 1919... Ainsi le dernier représentant qui ose une ultime apparition à St-Martin-en-Vercors le 25 septembre 1937 avant de disparaître, probablement, dans un traquenard anonyme... A St-Egrève, le cadastre de 1802 évoque leurs souvenirs avec le « chemin de fourvieu à l’ourcière. »

  

Le chemin, au départ de l’itinéraire N1, est balisé en rouge par les forestiers jusqu’à la Draye Casset. De ce point, les balises bleues prennent le relais. Le chemin devient un sentier, traverse les "pattes du dromadaire", et devient une sente puis un bon sentier (brève section refaite en 1998) jusqu’à l’itinéraire N8. Au delà, allant au Nord jusqu’à la Grotte Viallet, c’est une piste assez pentue, brûlée à 50%, impossible par temps humide. La Grotte Viallet est un endroit bien sympathique mais sans grand intérêt.

 

P2 - De la Grotte Viallet, il est possible de rejoindre le Chemin Romain (Rv2) en longeant les escarpements par une sente antipathique tracée dans des buis agressifs en partie calcinés et de minuscules prairies pentues.

 

N8 - P2/P3 Chemin des Sapinées ; Piste Sadoux-Müller.

 

Réouvert en novembre 1994, suite à l’arrachement d'un câble pourri sur l’itinéraire Rv2, N8 a été suivi le 12 mars 1899 par J. Sadoux et H. Müller. Ce dernier notait : « ...reconnu un tracé nouveau, très rude, partant de la base du Clapier dit du dromadaire et permettant d'accéder au poste. Ce tracé est situé entre la corniche conduisant aux prés du Neyron et le chemin romain. » De son côté, Morel-Couprie cite en 1906 un autre passage pour joindre les arêtes : le Chemin des Sapinées. N8 ne peut être que ce chemin puisque N7 porte ce nom sur le cadastre moderne. Notons que l’ancien cadastre nomme "Aux Sapineys" un secteur dont le centre semble être la Croupe de Narbonne entre N1 et les Quatre Chemins. Ce que confirme le cadastre de 1842 : "Aux Sapinées".

 

Les indications relatives à cet itinéraire m'incitèrent à rechercher ses vestiges en octobre 1991. Je ne m'attendais pas à trouver, dans une faiblesse de la barre rocheuse, un vieux fil de fer en guise de main courante et trois marches taillées. En raison de la curieuse Grotte des Fées (ADI 6p8/139) toute proche, je nommais ce passage Pas des Fées pour la commodité de mes études. J'aurais pu le nommer Pas des Sapinées mais je n'avais pas encore découvert toutes les archives...

Le fait de trouver des marches similaires au milieu du passage dit Corniche de l’Hermitage (N1), prouve que ce sont probablement les premiers touristes les auteurs de ces travaux. La seule allusion sur de telles marches date de 1907 : « ...il eut été facile d'aménager la pente rocheuse, en y taillant au pic de bonnes marches... » écrivait S. Chabert à propos d'un itinéraire possible au-dessus des Plaques Ullrich...

Bref, en 1898, après la découverte de la citerne du Poste Romain au lieu-dit Pré Rencurel, l’accès au site par Pré Néron était si laborieux que nos aïeux établirent un itinéraire qui aurait dû être plus aisé...

Le tracé définitif entre le Pré Néron et le Poste Romain en 1906 supprima de moitié le temps et l’énergie utile pour atteindre ce dernier lieu. Alors le redoutable Chemin des Sapinées, si rapide soit-il, peu utilisé, impraticable lorsqu’il gèle, fut négligé... et oublié quand, en 1911, la passerelle fut installée sur le hiatus du Chemin Romain...

Le cheminement pour se rendre au Pas des Fées emprunte une piste encore plus ancienne utilisée par Gambiez et Lelong en 1884. Bref, l’itinéraire quitte N7 quelques mètres en aval de la Grotte des Fées. Laquelle se présente comme un trou discret, tout rond et inaccessible dans la paroi. De ce point, N8 se dirige au levant à l’horizontale pour atteindre, une vingtaine de mètres plus loin, une excavation bizarre, sorte de marmite naturelle. De là, le sentier longe la base de la paroi en descendant modérément, toujours vers l’ouest. Très vite, on découvre, dans une faiblesse de la barre rocheuse, le Pas des Fées, austère, rébarbatif, et l’itinéraire N9.

Plus haut, un deuxième pas utilisant une brève et étroite vire en épingle constitue le seul obstacle un peu sérieux. Du Pas des Fées à cette vire, l’itinéraire est assez exposé.

Le sentier s’élève ensuite dans un étroit sangle aux perspectives adoucies par de grands buis calcinés. Ce sangle, depuis son ouverture en 1994 est très emprunté par les sangliers. De ce fait, l’itinéraire est devenu rocheux, gras, et particulièrement glissant après les pluies.

Lorsque le sangle tend à disparaître, on abandonne la piste "Sadoux/Müller" au reste invisible pour un nouveau tracé.

Celui-ci file à l’Ouest, devient pour ainsi dire horizontal, et rejoint assez vite le sentier N11 qu’il faut suivre à gauche pour atteindre le Poste Romain. C’est alors, depuis Narbonne, l’itinéraire le plus rapide pour s’y rendre.

 

N9 P1/P2 Sentier Gambiez/Lelong.

 

Le sentier "préparé" en 1995 a été ouvert et balisé en janvier 2006. Il emprunte un "sangle" pentu utilisé en 1884 par le guide Galle et ses clients : Lelong et Gambiez. Ce dernier écrira : « Quand nous atteignons le pré de Rencurel, le soleil a disparu derrière le plateau de Sornin et l’ombre commence à s’élever du fond de la vallée. Heureusement, nous découvrons le sentier qui franchit les escarpements au-dessus de Narbonne. Il est coupé par une corniche assez difficile, près de la base du rocher. Quand nous parvenons à ce passage délicat, l’obscurité est complète. Nous y engager en pleine nuit, sans lumière, serait commettre une insigne imprudence ; aussi préférons-nous contourner l’obstacle en remontant à tâtons environ une centaine de mètres dans la direction du nord, en nous raccrochant aux arbustes quand le sol manque sous nos pieds. Enfin, nous atteignons le sommet d'un éboulis que nous dégringolons en quelques minutes pour gagner la lisière d'un petit bois d'où un bon chemin nous mène jusqu’à Narbonne... » Bref, c’est en partie par l’itinéraire N7 que le guide Galle et ses clients gagnèrent le Clapier de l’Hermitage puis le Chemin de Pré Néron jusqu’à Narbonne. (N1)

 

L’itinéraire est dominé dans sa partie inférieure par une paroi équipée depuis 1995 de voies d'escalades extrêmes (Ludovic P. : "La Bombée" ; Anonymes : "Aurore" et "Crépuscule des Idoles".)

 

N10 - P1/P2 Sentier d’Aiguebelle ; Sentier Müller.

 

Tracé par Hippolyte Müller à la suite de la découverte du camp romain, il fut définitivement établi en 1906 grâce à une subvention de M. d'Aiguebelle. Une déviation de l’itinéraire a été nécessaire en 1993 suite l’effondrement du sentier dans un mauvais pas. Les vestiges de l’ancien sentier se sont éteints avec l’incendie…

Des excursions de 3 à 4 heures sont tout à fait réalisables dans ce secteur. Le randonneur observera souvent, au Poste Romain et ses abords, le labour systématique du sol par les sangliers.

 

N11 - P1/P2 Itinéraire anonyme.

 

Sympathique sentier entre Pré Néron et le Chemin Romain. Peu avant Rv2, au niveau d'une cheminée discrète à main gauche, les grands gaillards tomberont nez à nez avec un fil de fer en travers du chemin. Il s’agit d'un "câble" de 20 mètres de long installé pour faciliter l’escalade de la cheminée (vestige de l’ancien tracé N8.)

N11 est très pratique et facile pour joindre Narbonne au cas où l’on rencontrerait quelques problèmes sur le Chemin Romain ou plus bas sur le Chemin des Sapinées.

 

N12 - PD/AD Voie Ripert.

 

Escalade démodée mais assez difficile (pas de IV à V sup. selon les variantes). Très proche du "Godefroy", elle a été réalisée le 1er juin 1922 par A Ripert et P. Caillat.

 

Voici le topo de la Revue Alpine (1er trimestre 1923, p. 27) ...

 

 

1) A l’âge du Fer, VIe siècle av J.C., les Celtes se fixèrent le long de la vallée du Rhône. Une de ces peuplades, les Allobroges étendra son influence du sud Grésivaudan au lac Léman et leur capitale se nommera Vigenna ou Vienna...

2) Un article étymologique du Petit Grenoblois du 11 février 1908 relève dans une lettre de Numatius Plancus à Cicéron : « Cularo in finibus Allobrogum » (Cularo sur les confins des Allobroges, c’est-à-dire à l’extrémité de leur territoire.) Selon d'autres sources, c’est à l’époque de Dioclétien et de Maximilien que l’on donna le nom de Calarona (Cularo) à Grenoble. Jusque là, la ville était nommée Accusio (ou colonie des Accusiens, province des Cabillions.) Enfin, l’origine du nom de Grenoble, selon le Petit Grenoblois du 11 février 1908, viendrait d'une visite de Charlemagne. Celui-ci, passant à Grenoble, trébucha, et, s’étalant le nez en avant, teinta de son sang un des blocs de grès qui constituaient alors les quais de l’Isère. Alors le "griot" qui accompagnait le roi, saisit le bloc en s’écriant « Sire ! vous avez fait un grès noble ! » Ainsi serait né le nom de Grenoble...

3) Thierry Margueritat (Le Néron, 1999) signale le départ de la voie à 400 mètres au nord du Godefroy par les lettres RC peintes en rose, « …là où le sentier touche la barre » écrit-il. Il faut être attentif car les inscriptions peintes à hauteur d’épaules ne mesurent que 6 centimètres. Qu’en reste-t-il depuis l’incendie ?