St Martin le Vinoux, le sanctuaire des vignes

Notre St-Martin-le-Vinoux                       Sur la route, au flanc du coteau,

Qui, certes, en vaut bien un autre,          On mange maint et maint gâteau ;

(Même, le meilleur, c’est le nôtre)           Mais, sapristi, ça vous empâte !

Partage son vin avec nous.

 

Son bon vin blanc, son bon vin doux       D'un large flot blanc rosé,

Qui ferait loucher un apôtre                    Il faut le tenir arrosé,

Mieux que Bergerac ou Limoux ;            Le gâteau de la Buisserate.

Je paie le Pot. Payez le vôtre.

Henri Second (1)

 

LES VIGNES

Les vignes, jusqu’au début du XXe siècle, avaient une importance considérable. Tant sur les coteaux "méridionaux" du Néron que sur ses versants à l’envers comme l’Autre-Coté-de-Vence. Au reste, leurs souvenirs restent comme un regret dans l’âme des vieux paysans.

 

Les plus anciens documents connus parlaient déjà des vignes de St-Martin-le-Vinoux et de Notre-Dame-des-Vignes. (Sassenage) L’acte décrivant le fief de Jarenton (chapitre suivant) vers 1100, la donation faite par Alodisius en 1095 en font état.

Un texte du moyen-âge parle avec éloge du vin de St-Martin qui serait du Marsala importé d'Italie. On prétendait même les romains l’avaient importé de Sicile ! En tout cas, l’auteur latin Columelle parlait déjà de vigne des Allobroges.

Quant à Aymar du Rivail, il écrivait au XVIe siècle, : « Le vin épicé de Vienne était recherché chez les romains et sur les coteaux de Cularo... »

 

En mars 1524, on vendait 66 et même 72 sous tournois le vin des côtes, c’est-à-dire le vin qui se récoltait sur les pentes du Rachais et du St-Eynard; 40 à 47 sous celui des localités avoisinantes, c’est-à-dire Montbonnot, la Tronche et St-Martin-le-Vinoux. Cette commune fut citée en 1552 par Charles Etienne dans le premier guide routier de France avec mention : "bons vins". Les mercuriales locales confirment cette appréciation en 1554 ; établies sur la déposition de trois Grenoblois, elles montrent que le vin de Sassenage, vendu de 44 à 46 sous la "sommée" était suivi même rejoint par celui de St-Martin-le-Vinoux. Celui de la Terrasse de Lumbin était encore bon, de 30 à 36 sous, suivi de près par celui du Cornillon, de 30 à 32 sous. « …ceux de Montbonnot, de Goncelin, Avalon, La Buissière n'étaient comme qui dirait des piquettes à 23 ou 24 sous. »

Le 6 novembre 1612, le tarif pour le vin nouveau, fixé par ordonnance des juges de la ville pour les meilleurs vins, est de 2 sous le pot de St-Martin et des Côtes, contre 1 sou 6 deniers pour les vins de Meylan et de Biviers.

 

Les délibérations de St-Martin nous informent que les cabaretiers de la commune ont débité 651 hl 76 de vin durant l’année 1809...

 

Tourte, le maire de St-Martin, signale le 25 septembre 1814 aux généraux piémontais et Autrichiens les déprédations commises par leurs soldats aux vignes de la commune...

 

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les vignes n'exigeaient aucun soin et duraient indéfiniment : on se contentait de remplacer les pieds morts, un labour à la main constituait, avec la taille, le seul soin cultural de l’année. Les échalas étaient rares, pampres et sarments couraient çà et là au petit bonheur ou s’accrochaient à toute une forêt d'arbres fruitiers.

 

C’est en 1847 qu’apparaît une première maladie du raisin : l’oïdium, que les vignerons attribuèrent à l’éclairage au gaz... A partir de 1850, cette maladie prend les proportions d'un véritable fléau. Heureusement, un remède est bientôt trouvé : avec l’emploi du soufre et l’introduction d'une variété de plant américain dit l’Isabelle, la maladie est maîtrisée.

Les vignes étaient partout à cette époque mais, hélas, avec la généralisation des plants américains se généralisa un fléau plus dévastateur que l’oïdium : le phylloxéra.

En 1873, le Phylloxéra s’attaque à notre département, causant en quelques années la ruine de tous les vignobles ; il n'y aura aucune production de raisin de 1884 à 1887. Durant cette période apparaissent des vins de substitution. Cette pratique du vin fait avec tout ce qu’on veut sauf du raisin durera jusqu’en 1907 environ.

Dès les premiers ravages du phylloxéra, les vignerons importèrent deux nouveaux plants américains qui leur valurent deux autres désastres : le mildiou en 1878 et le Black-rot en 1885.

En 1886, dans L’illustré du Sud-Est, le rapport de M. le Comte d'Agoult précise que « Les cépages cultivés habituellement dans le département de l’Isère sont au nombre de 24... ...Seize noirs : le Persan, l’Etraire de la Duy, La Sirah, la Mondeuse, la Serenèse, le Corbeau, la Servanin, le Pellourcin que l’on nomme Sella à St-Martin-le-Vinoux, le Mariellet, le Mescle ou Mècle, le Provaceau, la Douce-Noire grise, la Corbesse, le Caffelle, le Teinturier, la Gaîté… ...Huit blancs : la Roussane, l’Altesse, le Persan blanc, la Verdesse ou Verdèche dans les environs de Grenoble, la Jacquère, la Marsanne appelée aussi Avilleran à Grenoble, le Gamay ou Gamiau aux environs de Grenoble. »

Heureusement, le hasard sauva les plants malades. En effet, selon la légende, un propriétaire avait répandu sur les pieds de vigne bordant son vignoble un mélange de sulfate de cuivre et de chaux pour écœurer les grappilleurs. On ne sait pas s’ils furent dégoûtés mais les vignes ainsi traitées furent préservées de ces maladies... Ce propriétaire avait inventé ce qu’on nommera la bouillie bordelaise.

Le vigneron pressé de produire du vin pour sa propre consommation eut recours aux treilles plantées en bordure des champs. Ces vignes ne demandaient aucun défonçage, aucune pulvérisation... On nomma ces vignes les plants directs, du type Riparia Rupestris. Ils furent généralement adoptés comme porte-greffe des bons plants du pays désormais immunisé par les racines réfractaires de ce nouveau venu. Car la résistance des vignes américaines tenait à la nature même de leurs racines. Les sarments de nos vignes n'ayant rien à craindre de l’insecte destructeur, la "greffe" en utilisant les racines de l’un et les sarments de l’autre se trouva être la solution idéale pour conserver nos plants indigènes détruits par le phylloxéra. Une véritable fureur du greffage s’empara des vignerons, à tel point qu’ils oublièrent l’ancienne méthode du marcottage. En moins d'une dizaine d'années, les exploitations purent se suffire à elles-mêmes. On replanta intensément jusqu’en 1922, si bien d'ailleurs que jamais on n'avait vu les vignes remonter si haut dans les taillis. La carte de l’I.G.N. de 1928 représente très bien l’implantation des vignes autour du Néron.

Des aides furent accordées entre temps comme en témoigne Le Dauphiné du 1er avril 1911 : « Réduction du prix des produits utiles au traitement des vignes. (Sulfate de cuivre, verdet, jus de tabac) » Malgré ces aides la viticulture souffre toujours. La Dépêche Dauphinoise du 28 février 1926 l’exprime ainsi : « La plupart des cépages du Dauphiné sont trop sensibles aux maladies et trop tardifs. Il ne faudrait plus planter d'Etraie, de Persan ou de Verdesse. Ceux qui préfèrent encore le plant français doivent choisir des plants plus précoces, du Gamay ou du Joubertin. »

Mais l’abondance des importations, et la raréfaction de la main d’œuvre aidant, les ronces reconquirent du terrain. Ces abandons visèrent d'abord les vignes d'altitude (plus de 600 mètres) ou en terrains difficiles donc de rendement coûteux. Ce sont ces cépages qu’on trouvait encore en bien des endroits en 1940, cépages de Persan, de Gamay noir, de Mondeuse, d'Etraie de la Dhuy, de Pinot noir, de Verdesse, de Jacquère, d'Aligote, et de Baco. Ce dernier donnait "le vin fou", un alcool si fort qu’il servait d'apéritif...

Quant aux vignes de plaine et des bas-coteaux, elles étaient cernées par un autre fléau : l’expansion démographique. Bref, des dix huit mille hectares de vignes comptés en 1940, il n'en restait que deux cent en 1980.

 

L’importance de ces vignobles ressort bien dans le registre des délibérations de Quaix du 16 août 1916. Selon la loi du 30 juin, article quatre, les distillations des marcs devaient se faire en atelier, c’est-à-dire dans un seul endroit par commune : « ...les alambics de Quaix, disposés entre 300 et 500 mètres et près des vignes, sont cimentés et donc impossibles à regrouper. En outre leurs propriétaires refusent cette loi qui présente pour les habitants de Quaix et de Chartreuse une impossibilité pratique due au transport ou des alambics ou des raisins. En conséquence le maire adresse au préfet l’impossibilité de répondre à cette loi... »

En fait, chaque agriculteur avait un vignoble ; M. Octave Faure de Clémencière en témoigne : « Tout le monde avait sa vigne dans le temps. J'en avais une sur les coteaux de St-Martin, elle donnait un vin fameux. Tout était fait à la main, ça donnait un de ces boulots ! Il n'en reste plus grand-chose aujourd'hui. Dans les fermes comme chez nous, on retrouve des pressoirs ; chaque propriétaire avait sa vigne et son pressoir ; on était outillé. Le coffre qui recevait le jus en dessous du pressoir, il faisait deux mètres carrés et puis dessus, c’était le "cercle". C’est là-dedans qu’on mettait le raisin. Y'en avait qui avaient des "cercles" plus grands et d'autres qui en avaient de plus petits. Ici, il n'y avait pas de gros vignerons, mais en bas à St-Martin, oui ! A Pique-Pierre qui doit son nom aux carrières (2), c’était tout des vignes. Il y en avait jusqu’à la "Craie". Mais toutes ces vignes n'étaient pas accessibles aux machines, les terrains étaient trop durs ou trop en pente, alors on faisait tout à la main. Après, c’était plus rentable et on les a abandonnées une à une. Les vignes les plus hautes ne donnaient pas autant que les autres. Elles étaient difficiles à fleurir. Il n'y en avait plus au-dessus de six cent mètres, rarement... »

Tout le monde avait sa vigne, peut-être, mais les plus belles, les mieux exposées, n'appartenaient pas à tout le monde. Le cadastre de 1715, repris en 1792, de la commune de St-Martin-le-Vinoux le démontre bien. Elles appartenaient aux Chartreux, aux Augustins, aux Chapitres de St-André et de Notre-Dame, au Prieur de Vizille, aux Jacobins, à la Confrérie St-Esprit, au Seigneur Evêque de Grenoble, à Mme de Marcieu et à quelques particuliers. Citons les vignes du Père Auvergne, de Gonthier et de Tocannier au pied du Néron, celles du Père Rivoire dans un terrain si raide qu’il labourait au treuil…

 

Le Chapitre de Notre-Dame possédait, au milieu du XVIIIe siècle, cinq vignes qui constituaient les prébendes de cinq chanoines : une était située au Petit Droit, les quatre autres au Clos du Duc. Elles étaient dotées de deux celliers avec cuves et pressoirs. Toutes étaient louées à des fermiers qui devaient y faire chaque année un certain nombre de plantées. Une de ces vignes était affermée à Pierre Bernard, deux à Georges Levet, et deux à Louis Bernard.

L’Hôpital général était propriétaire des celliers de Guy Pape, de M. de Sauterau et de Nicolas Prunier de Saint-André. La consommation de l’Hôpital était telle qu’il devait acheter plusieurs charges aux habitants, au prix de quatorze livres la charge...

On peut encore citer Philippine de Maurienne, dame d'Allemont, épouse de Pont de Garcin, qui vend en 1730 les fruits de son cellier de St-Martin à Pierre Jomaron, droguiste à Grenoble...

 

Le cadastre de 1792, surtout autour de Narbonne et de la Haute-Buisserate, nous montre des parcelles occupées par des hautains ou vignes hautes, par opposition aux vignes basses qui ont presque toutes disparues. Les hautains étaient appuyés sur des échalas ou des arbres fruitiers.

La plupart des vignes étaient donc cultivées sous forme de treilles hautes. Guyot dans son ouvrage sur la viticulture nous explique leurs avantages : « Les vignes en treille haute ont leurs raisons d'être car elles vivent longtemps, poussent vigoureusement et donnent plus de raisin qu’aucun autre mode de viticulture. Pourtant deux conditions leurs infligent une infériorité réelle : 1° les frais de leur installation et de leur entretien ; 2° l’oïdium qui les atteint plus et plus opiniâtrement que les autres vignes. Un grand nombre de treilles hautes ont été abandonnées et détruites par l’oïdium avant les années 1880... »

La révision des feux de 1700 nous précise les conditions d'exploitation de ces vignobles : « La culture des dites vignes est difficile à cause de leur situation qui est en pente et il faut travailler presque toute l’année et y employer quantité de bois pour soutenir les souches... ...Les dites vignes sont sur des rochers et dans les temps des grandes pluies, il se forme des torrents qui emportent les souches et la terre de sorte qu’il ne reste que le pur roc incapable de rien produire... » Un autre texte précise : « Ils remplissaient leurs hottes de terre coulée et la remontaient... »

 

Parmi les outils, les vignerons utilisaient le Bécar. « Nos ancêtres en usèrent et en cassèrent en piochant et nettoyant les pieds de vignes. On avançait méthodiquement dans la treille allant d'un bord à l’autre, puis, on revenait en ménageant une "raie" dans laquelle on enterrait la mauvaise herbe et dans les côtes un "liasson", fagot de sarments destinés à retenir la terre par temps de pluie... » Le bécar était constitué par une fourche à deux pics distants de douze à quinze centimètres, haute d'environ vingt centimètres. Au-dessus de sa fourche, le bécar avait un œil destiné à recevoir le manche. Certains bécars enfin, étaient surmontés d'une sape qui servait à sectionner. La sape large d'environ cinq centimètres près du manche mais plus évasée à la coupe, était haute de douze centimètres environ. Le manche mesurait généralement un peu plus d'un mètre.

 

Des coutumes anoblissaient le travail du vigneron comme le signale le Petit Dauphinois du 24 septembre 1887 : « Les anciens accordaient plus d'importance que nous aux vendanges. Celles-ci donnaient lieu à des fêtes qui commençaient aux calendes de septembre et finissaient aux ides d'octobre. Ces fêtes étaient divisées en trois périodes. La première, la cérémonie des tonneaux, consistait à réunir et à apprêter les nouveaux tonneaux. On les couvrait de feuillage et on dansait autour en dégustant le vin de l’année précédente. La seconde était dédiée à la coupe sacrée. La troisième à Bacchus, auquel on offrait cette coupe en sacrifice. »

Le jour des rois, les viticulteurs allaient aux Cuves de Sassenage préjuger de la fertilité ou stérilité de l’année par le plus ou le moins d'eau que fournissait la résurgence ce jour là. De cette visite naquit cet adage : « Si le jour des Rois l’eau coule dans le chemin, grande abondance de vin. »

 

Citons en passant le proverbe du 11 novembre :

 

A la St-Martin,

Fait goûter le vin ;

Notre-Dame après,

Pour boire il est prêt.

 

La pogne de courge était le plat traditionnel des vendanges. Le matin à l’aube, les enfants des villes allaient à la campagne en chantant et en criant : "A la courde, à la courde..." (3)

A la fin des vendanges, des grappilleurs ou choureleurs dits encore chevreleurs (qui grappillent comme les chèvres), visitaient à leur tour les vignes pour y cueillir les quelques raisins qui ont échappé à l’œil des vendangeurs. Cette récolte chevrelée permettait aux plus adroits de revenir avec un plein panier de raisin.

 

Une autre tradition incombait à la sage-femme lors des naissances : elle bandait les yeux du nouveau-né pour que la lumière ne l’aveugle point et elle lui sectionnait le filet de la langue pour que l’enfant parle bien : c’était "couper le fil". Enfin, après cet acte barbare qui disparaît vers 1860, on lui versait une cuillère d'eau de vie dans la bouche et on l’emmaillotait de la tête aux pieds car, disait-on, « La crasse nourrit le cerveau... » Une partie de la tradition se déplaça du jour de la naissance à celui du baptême, et l’eau de vie fut remplacée par du vin blanc : c’était le baptême du vigneron.

 

Jusqu’en 1790, les vignerons ne pouvaient cueillir leurs raisins avant la publication du ban des vendanges. Cela donnait lieu à une autre cérémonie. Le matin du jour fixé, le maire, accompagné des échevins, se rendait solennellement à l’église. Après la messe et au son des trompettes, le maire proclamait le ban des vendanges lui-même précédé et suivi de fêtes champêtres.

Le ban des vendanges apparu au milieu du XVe siècle, était fixé à la suite d'une visite des vignes par des échevins choisis par les communautés et chargés de constater l’état de maturité du raisin. Avant d'établir leur rapport, ces experts, réunis à Grenoble, juraient sur l’évangile devant les consuls de la ville d'agir selon leur conscience. Le registre des délibérations de Grenoble rapporte l’une de ces premières réunions. En présence des consuls, les échevins de St-Martin-le-Vinoux : Guigues Monier, Antoine Martinat-Gras et Humbert Levet, avec leurs collègues de St-Laurent, du mandement de Monfleury et du Bachet « ont promis et juré sur les Saints évangiles de dieu, touché la main des consuls, de faire leur relation bonne et vraie de ce qui leur serait demandé. »

 

A partir de 1610 environ, la visite des vignes par les prud'hommes est agrémentée d'un excellent dîner offert par les consuls de la ville aux juges de Grenoble, de Montfleury et de Saint-Martin. En 1623, pour un total de soixante et une livres et quatre sous prélevé sur les deniers communs, il est offert : « Deux chapons bouillis aux cardes, plus trois potages de quatre pigeons chacun, garnis de truffes ; deux autres potages avec artichauts et truffes ; deux plats de cervelas, plus deux membres de mouton, plus deux fricassées de veau, plus quatre melons, plus deux pièces de veau ; deux albrans, plus trois dindonneaux ; deux faisans, un levraut, plus quatorze cailles, plus six paires de poulets, plus huit paires de pigeons ; une livre et demie d'olives, plus trois tourtres d'aubrée ; trois pâtés de godiveau, plus quatre pâtés de pigeon garnis de truffes ; pour le fruit, deux plats de poires confites, plus deux plats d'auberges confites, plus deux plats de truffes, deux plats d'auberges, deux plats de figues, des plats de muscats, deux plats de poires, deux plats de prunes, plus deux plats de châtaignes ; deux massepains glacés, plus seize biscuits de Genève ; plus vingt-sept pains ; plus dix-huit pots de vin. » La visite des vignes ouvrait manifestement l’appétit...

 

Le non-respect du ban des vendanges incita le 21 septembre 1583 le juge de Grenoble à publier l’ouverture des vendanges le 3 octobre à St-Martin en prévenant qu’une amande de cinq cent écus frapperait ceux qui vendangeraient avant cette date. Cette menace restera liée au ban des vendanges. Ainsi, dans le registre des délibérations de Quaix du 26 octobre 1806, on lit :

« Du quatre brumaire an quatorze de république, le maire de la commune de Quaix, vu la loi du 6 Octobre 1791, après avoir entendu les cultivateurs les plus expérimentés et particulièrement les Sieurs Claude Gontier, François Brun, et Claude Galle, commissaires nommés pour la vérification des vendanges ; après avoir pris aussi l’avis du conseil municipal assemblé à cet effet et composé des Sieurs Joseph Perrier, Jean Gaude, Ennemond Fanton fils, Michel Bernard, Joseph Faure, et les trois commissaires susdits, arrête :

Art. 1er : L’ouverture des vendanges est fixée au lundi six Brumaire courant.

Art. 2eme : Il est défendu à tous les propriétaires ou fermiers de terres non closes, de commencer leurs vendanges avant l’époque susdite, sous peine d'être poursuivis et punis conformément aux lois sur les polices rurales.

Art. 3eme : Le présent règlement sera affiché dans les lieux accoutumés et publié à l’issue de la messe paroissiale de ce jour et il en sera donné connaissance aux receveurs buralistes chargés de faire l’inventaire des vins. Fait en mairie... »

A St-Martin, l’Evêque et le Chapitre de Saint-André vendangeaient les premiers, suivis trois jours après par les nobles et les ecclésiastiques, et six jours après les seigneurs, les forains et les habitants.

 

Sous l’ancien régime, la mesure qu’on trouve communément en usage dans les marchés dauphinois est la Charge, Sommée ou Ânée, c’est-à-dire la charge d'une bête de somme, mulet ou âne. On ne se servait jamais en Dauphiné des mesures vinaires comme la Pipe ou la Barrique, le tonneau était pourtant connu depuis le haut moyen âge. A Grenoble, la mesure ordinaire du vin était le Barral qui contenait 55,47 litres. Pour la vente au détail, on se servait du Pot. C’était toutefois une mesure aléatoire ; le Pot de Sassenage contenait 1,58 litre ; celui de Grenoble 1,1 litre ; celui de Bourg d'Oisans 1,71...

 

Il ne reste rien ou presque de toutes ces vignes autour du Néron. Quelques treilles subsistent ici et là, notamment chez M. Grimonet à St-Egrève où elles sont échafaudées non pas par les traditionnels piquets de châtaignier, mais par des piquets en ciment du XIXe siècle. Au-delà la fontaine de Champy, un bois clair a remplacé un vignoble remarquable par son microclimat, ses points d'eau, et surtout par sa culture en espaliers étroits. A la Monta, le café Désirat présente encore l’armature d'une tonnelle. A St-Martin, on observe entre Narbonne et la draye Casset, dans les bois et un champ, les vestiges de nombreuses terrasses, murs, et cabanons.

Dans l’Echo du Néron (mars à juin 1930), un texte relatif à l’histoire de L’Ermitage de la Balme nous dit que « Ce nom est donné aussi au vignoble autour de la grotte... »

 

On célèbre toujours St-Valentin mais on a oublié que c’était la fête corporative des vignerons : « Le Dimanche 14 Février a eu lieu à la Buisserate, café Gay, le banquet annuel de la St-Valentin. Une nombreuse assistance avait tenu à célébrer la fête des vignerons... » Dépêche Dauphinoise , 17 février 1926.

 

 

 

 

 

 

1) Henri Second (1851-1985), journaliste notoire et poète est l’auteur de Cent sonnets gourmands Dauphinois. Il fut le président d'honneur de la Société des Alpinistes Dauphinois.

2) Pique-Pierre serait une déformation de Piè-Pierre (chemin empierré)...

3) « A la gourde ! », cri d'origine italienne que les bûcherons utilisaient pour avertir de la chute des fagots dans les escarpements ; selon le Petit Dauphinois du 29 août 1906 (Fausse alerte au Néron).