Sur la Buisserate

                                                                                  « ...Ce chemin dérive de la Grande Route et conduit au pied du Rocher de ce nom, d’où l’on précipite le bois communal pour être chargé et sert aussi encore aux propriétaires bordiers... » (1)

Tourte, 1823

SUR LA BUISSERATE

 

La "Boysseracte" en 1321 ou la "Boisseracte" en 1487 prouve bien que le nom actuel de ce lieu doit s’écrire avec un seul T. En effet, la Buisserate tire son nom de Buxus qui désigne les buis et de racte simplifié en rate qui vient des termes rath ou reuth et qui a pour sens défrichement. Il s’agit donc d’un lieu défriché de ses buis et buissons pour permettre la culture ; en particulier celle du vin : « La Buisseratte est un lieu fréquenté par les Grenoblois qui y vont manger des gâteaux et boire du vin blanc nouveau... »

 

LES VOIES DE LA BUISSERATE

 
Tableau des difficultés

 

F = Escalade facile ; PD = Escalade peu difficile ; AD = Assez difficile

TD = Très difficile ; ED = Extrêmement difficile

A1 = Escalade artificielle difficile ; A2 = Très difficile ; A3 = Extrêmement difficile

 

A titre de comparaison, la traversée des arêtes présente de brefs passages cotés F.

 

 

Voie du Toit

 

P.-H. Alphonse, G. Claret, 6 avril 1971, en 12 h. après préparation avec 60 pitons dont 10 à expansion, relais compris. Aussi nommé Dièdre des Rameaux.

 

Par le Chemin du Rocher de la Buisserate (Bu2), atteindre la paroi. Au-dessus de l’attaque, on voit une grosse tache blanche. Attaquer 20 m. au-dessous et à gauche d’un toit caractéristique, par des blocs fracturés. Franchir un petit toit (V sup.), puis droit dans une magnifique dalle et traverser à droite jusqu’à l’aplomb du toit (V sup., A2.)

 

R1 sur étriers. Grimper sous le toit (A1), le franchir (pitons à expansion, A2) pour atteindre une petite vire (A1, V.)

R2. Continuer dans le dièdre (IV, V.)

R3. Traverser la pente herbeuse facile jusqu’à un bouquet d’arbres.

R4. Gravir un dièdre blanc jusqu’à une petite vire (IV sup., V, A1, V.)

R5. A droite du relais (5m.), puis tout droit jusqu’à une grotte (IV.)

R6. Sortir par la gauche de la grotte et escalader de petits murs (IV sup.) (2)

 

Voie des Controverses

 

P.H. Alphonse, C. Baudet, G. Claret, F. Diaféria, G. Groseil ? 11, 12 octobre 1969, 52 pitons dont 7 à expansion, 200 m, TD sup. à ED inf. et 6 h. avec les pitons en place. Belle voie, bon rocher avec des relais confortables.

 

Depuis le point d’arrivée contre la paroi, tirer à droite et franchir un petit ressaut herbeux. Par des dalles, rejoindre une petite niche. (10 m. V)

 

R1 sur étriers. Grimper sous le toit (A1), le franchir (pitons à expansion, A2) pour atteindre une petite vire (A1, V.)

R2. Continuer dans le dièdre (IV,V.)

R3. (On touche presque la voie directe.) Départ en oblique à gauche dans une dalle, franchir un petit toit et rejoindre une petite terrasse à gauche (V, un pas d’A1, V, 2 pitons.)

R4. Traverser à gauche pour rejoindre le pied d’un dièdre de 30 m. en bon rocher et le gravir (IV, V inf., V sup., A1, 1 coin, 1 anneau, 8 pitons.)

R5. (Jonction possible avec "la Directe" par une longueur à droite.) Traverser la vire et passer un arbre mort (facile.)

R6 dans un bosquet d’arbres. Traverser dans des dalles à gauche pour rejoindre une mince vire (35 m., quelques mètres en V, 1 anneau.)

R7. Suivre la vire (facile) jusqu’au bord droit d’un auvent (ne pas aller jusqu’à un nouvel arbre mort.)

R8. Remonter une dalle jaune en ascendance à droite, puis à gauche et, par un pas déversant, rejoindre une terrasse triangulaire. (IV/IV sup., 1 piton, 1 anneau, 35 m.)

R9. Tourner une arête à gauche, monter un petit mur et de nouveau tourner une arête à gauche (V, IV sup., 2 pitons.)

R10. Par une longueur en ascendance à gauche, rejoindre un bon relais sous des toits (III.)

R11. Tourner le fil du pilier à gauche, remonter des dalles très compactes sur 20 m. et traverser à droite pour rejoindre un arbre mort (A2, A1, V, 14 pitons dont 3 à expansion, 1 anneau.)

R12 excellent. Monter 3 m. et traverser à l’horizontale à gauche jusqu’à une goulotte que l’on suit sur 3 m. (V, A2, A3, 9 pitons dont 3 à expansion.)

R13 exigu. Penduler dans la dalle à gauche, prendre pied sur une vire ayant à son extrémité un bloc sur lequel on monte pour franchir le dernier mur (V, A1, 1 anneau, 2 pitons dont 1 à expansion.) (2)

 

La Directe 

 

Georges Claret, M. Guérin, D. Serain, 1er, 2 novembre 1976 pour la partie inférieure. Claude Baudet, G. Claret et François Diaferia en avril 1971 pour la partie supérieure dénommée également "Voie de la Guillotine". 100 pitons dont 15 à expansion, relais compris, ED, 6 h avec les pitons en place.

 

L’attaque se situe 30 mètres à droite de la voie des Controverses. Gravir une dalle (V), se rétablir sur une marche et penduler (piton) de plusieurs mètres sur la gauche. Escalader une dalle (A2, V à son sommet), puis tirer à gauche pour rejoindre un relais confortable. (IV) (3 pitons au total)

 

R1. Escalader la fissure qui suit pour contourner le toit par la gauche jusqu’à son point faible (A1, V, A2, 7 pitons), continuer (A2, 2 pitons, 1 coin) jusqu’au relais (sur étriers.)

R2. Gravir le mur droit au-dessus (V, 1 piton), puis traverser à gauche (V sup., 3 pitons dont 1 à expansion.) Suivre ensuite le dièdre (V, 2 pitons) jusqu’au surplomb qui le barre. A ce moment, traverser à gauche (IV.) On touche alors la voie des Controverses.

R3. Deux mètres au-dessus du relais, contourner un surplomb par la droite (V, 1 piton) pour aller rejoindre la base d’une colonne blanche 10 m. à droite (A1, 5 pitons, V.) La remonter jusqu’à une vire inclinée (A1, V, 4 pitons.)

R4. Au-dessus du relais, passer à droite du fil de la colonne et poursuivre directement par des dalles jusqu’à une petite vire (IV, A1, VI, V, 8 pitons.)

R5. Rejoindre une grande vire par une brève longueur en mauvais rocher (IV sup.)

R6. A gauche de cette vire, descendre 2 m., continuer à traverser (5, 1 piton) pour escalader une petite rampe noire (V, 1 piton.) Relais à gauche de la vire qui suit.

R7. On arrive à la partie supérieure ouverte en 1971, en venant de la voie des Controverses par une longueur partant de son R5 et montant sur la droite (V, 2 pitons.) Gravir un pilier surplombant pour rejoindre un dièdre noir (A1, V sup., A1, 12 pitons, dont certains à expansion) que l’on remonte.

R8 sur étriers. Escalader une écaille par la droite jusqu’à une zone surplombante (IV sup., V, 2 pitons.) Traverser à droite, puis tout droit dans des rochers délités et surplombants (V/V sup., 3 pitons.) Un pas sur la droite, puis tout droit (V, A1, 3 pitons.)

R9 sur une petite marche. Par des blocs instables, gagner une vire confortable sous un toit triangulaire (IV, 1 piton.)

R10. Gravir une dalle (pitons à expansion) au-dessus d’un immense toit rectangulaire, puis continuer jusqu’à une fissure verticale. La remonter, contourner un bloc, franchir un petit surplomb et gagner la sortie par des dalles (ensemble de V/A1, 17 pitons dont au moins 10 à expansion.) (2)

 

Voie de la Pentecôte

 

G. Baldino, Guy Claret, P.-H. Ubaud, 3, 4 juin 1979, en 21 h, avec 90 pitons relais compris, dont 10 à expansion, 200 m. ED.

 

L’attaque se situe dans la partie droite de la paroi, à l’aplomb d’un énorme toit noir. Gravir une fissure, puis tirer à gauche (V, 1 piton), puis droit au-dessus, en direction d’un bouquet d’arbustes. (V, IV sup./V, 3 pitons)

 

R1. En ascendance sur la gauche, passer une arête en mauvais rocher (III), redescendre quelques mètres (piton) pour continuer à traverser vers un petit arbuste (IV.)

R2. Grimper droit au-dessus (IV) jusqu’à un piton à expansion, tirer à droite, puis directement dans le surplomb sur 15 m. (A1, A2, 9 pitons dont 4 à expansion.) Traverser à droite (V sup.)

R3, relais sur étriers. Droit au-dessus du relais (V sup.), franchir le surplomb noir en obliquant sur la droite jusqu’à un pilastre branlant que l’on évite par la droite pour atteindre une petite vire (A1/A2, V, 11 pitons.)

R4. Grimper dans une petite rampe jaune qui suit, redescendre (piton) pour prendre pied sur le sommet de la rampe de droite, puis traverser (A2, pitons à expansion) en suivant la fissure horizontale sur la droite et gravir une dalle pour atteindre une petite vire herbeuse (A1, V, 5 pitons.)

R5. Remonter la rampe qui suit en tirant légèrement sur la gauche, puis, à la sortie d’une belle dalle blanche, gagner une grotte par un pas sur la gauche (V, A1, IV, 8 pitons, 1 bong.)

R6. Quitter la grotte par la gauche, grimper directement vers un bombement et le contourner par la gauche lorsque la fissure S’interrompt, puis tout droit (A3), jusqu’à une petite vire (A1, V sup.) (Au total 13 pitons, dont 3 à expansion, 1 bong.)

R7. S’élever en contournant un surplomb par la droite (A1), escalader un gros bloc décollé par une fissure athlétique (V sup.) et par des dalles (V, 9 pitons au total et 1 bong), gagner un relais confortable.

R8. Traverser sur la droite, puis en ascendance sur la gauche (IV.) Tout droit (facile), pour atteindre le sentier de retour. (2)

 

LE RETOUR

 

Du sommet des voies C et D, joindre en amont, par le maquis brûlé, l’itinéraire M3. Le suivre au sud pour joindre le Pré Néron, la Corniche de l’Hermitage, le Clapier Pérouse (H1) puis la route. Juste après la Villa des Violettes (n° 1261), on trouve à droite l’ancienne route des Balmes réduite à un chemin que l’on descend sans problème. On atteint ainsi une petite rue (Chemin du Maquis) menant à la Buisserate.

 

AUTRES VOIES

 

Une voie extrême a été ouverte en 1994 environ sur l’itinéraire N1, 40 mètres après la Corniche de l’Hermitage en allant aux Prés Néron. Pitons en place, bon rocher, difficulté et auteurs inconnus. En mars 1999, à droite de cette voie, Ludovic P. nettoyait une petite paroi bombée pour l’établissement d’une nouvelle voie extrême : "La Bombée".

 

Une autre voie, dans la face Nord-Ouest, a été réalisée le 6-11-1969 par Diju-Duval Jérôme et Claude Rey. Lors de leur bivouac sur étrier, l’éclairage de leurs lampes intrigua les habitants de Proveyzieux qui alertèrent les secours ; un hélicoptère fut dépêché aux premières heures de l’aube... On retiendra cette leçon : qu'il faut rester prudent vis-à-vis de tous les feux et signaux susceptibles d’intriguer les autorités... non prévenues.

 

Bien entendu, d’autres itinéraires ont été parcourus sans signature ni vestige...

 

LES CHEMINS DE LA BUISSERATE


Bu1 - P1
Chemin du Neyron

 

Au 8 bis de la Place Pasteur, prendre un chemin réduit à une piste souvent encombrée de ronces. Cent mètres plus loin, on trouve un mur de très gros blocs qui soutient une zone de ruines.

 

Le 26 mai 1944 à 11h, le bombardement de la gare de triage par la technique dit "du tapis" endommageait le quartier de la Buisserate et faisait vingt sept morts. De nombreuses bombes tombées sur le Néron provoquèrent des avalanches de rochers qui éventrèrent plusieurs maisons. Un télégramme du Colonel Alban Vistel résuma le résultat de ce bombardement : « ...effet moral plus désastreux encore qu'effet matériel - population douloureusement indignée - Répétons sacrifices énormes pour résultats insignifiants - Aide Résistance plus économique - tous points de vue - plus efficace. » 

Le 16 août, la XVeme Air Force tente d’arrêter la 11eme division blindée Panzer-SS en bombardant le pont du chemin de fer. Vingt B17, à 11 h 25, larguent 150 bombes « soufflantes » sur le pont. La cible est manquée. La Buisserate comptera 37 morts. 

 

Le Chemin dit du Neyron (1) longe la base de ce mur par la gauche. Aujourd’hui, il faut contourner ce mur par la droite afin d’atteindre les tristes vestiges de 1944. Si l’on traverse les ruines vers le nord, on retrouve les vestiges d’un chemin (à chars) qui S’élevait de pente modérée mais constante vers le nord-est. Il correspond à peu près au tracé de notre chemin.


   Bu2 - P1 Chemin du Rocher de la Buisserate.

 

Aux "tristes vestiges de 1944" cités ci-dessus, on trouve sur un bloc une flèche rouge. Elle indique en amont le clapier qu'il faut remonter par une sente pour parvenir à la paroi.

 

       Si nous restons à la base des à-pics de La Buisserate, nous trouvons un type de végétation différent de ceux que nous avons vus jusqu’ici. Nous sommes dans un fourré extraordinairement dense où la marche est des plus difficiles et nécessite une gymnastique laborieuse.

Ce fourré est composé par : Limodorum abortivum ; Lonicera etrusca qui forme par place des massifs très dense ; Anthericum Liliago ; Quercus pubescens ; Rhus Cotinus ; Rhamnus Alaternus ; Buxus sempervirens ; Acer monspessulanum ; Pistacia Terebinthus ; Tilia platyphylla ; Sambucus nigra ; Polygala vulgaris ; Globularia vulgaris ; Campanula Medium. Au milieu desquels nous trouvons quelques pieds de Cerasus avium ; Viburnum Lantana.

L’Érable de Montpellier ne dépasse pas généralement le port d’un arbuste ou d’un petit arbre mais ici l’un de ces exemplaires atteint dix mètres de haut avec un tronc de plus d’un mètre de circonférence.

Le Juniperus thurifera n'existe qu'à l’état d’individus isolés : il ne peut pénétrer dans le bois trop touffu et se cantonne de préférence sur de petites corniches inaccessibles au milieu des à-pics.

Les clapiers (occupés jadis, dans leurs parties inférieures, par des vignes) abritent Melica ciliata ; Bromus stérilise ; Fumaria officinalis ; Campanula Medium ; Centranthus angustifoliés ; Centranthus ruber probablement subspontané. On peut encore récolter : Digitalis lutea ; Phalangium Liliago ; Campanula Medium et Campanula persicifolia ; Antirrhinum majus ; et Limodorum abortivum. Cette Orchidée, qui ne se trouve d’habitude qu'à l’état clairsemé, est ici très abondante.

 

 

 

 

 

1) Extrait d’une lettre de Tourte, de 1823, relative aux chemins ruraux de St-Martin-le-Vinoux, entre autres le Chemin du Neyron. (Archives communales.) Voyez aussi l’encart de la page 307.

2) Les escalades décrites sont issues (sans modifications) du livre de Serge Coupé : Escalades dans le massif de la Chartreuse, 1986.

  

 

 Gravure sur bois réalisée par Jean Müller (1925 - Édité à 25 exemplaires)