Toponymie, Ethymologie

   

« A' mon, v pres de Vénci, en tiran vers Chatrouffa... »

Laurent de Briançon, XVIe siècle.

 

 

TOPONYMIE MICROTOPONYMIE  ETYMOLOGIE EVOCATIONS  

 

 

A tout empereur tout honneur : l'étymologie du Néron étant aussi bien malmenée par les particuliers que par certaines publications (1), il est utile de confirmer et d'approfondir les études sérieuses déjà faites.

 

LE CASQUE DE NERON  

 

Certaines personnes résidant "depuis toujours" sur les coteaux du Néron appellent leur montagne le Casque, parfois même la Roche. Pour d'autres, c'est le Néron quand on ne l'écrit pas Le Nez Rond ! La belle époque lui attribua ces noms : le Panama, la Femme couchée... Bref, il faut bien reconnaître que, selon l'imagination et l'angle sous lequel on l'observe, le Neyron a fière allure ou, au contraire, est sombre et avachi.

 

Le Casque du Néron est, et de loin, le surnom le plus célèbre de cette « tête hirsute sur un col blanc » mais « attention aux bords du col ! » écrivait-on avec raison...

 

Louise Drevet (2) dans Le Dauphiné du 16 juillet 1868 écrivait : « Vu de Grenoble, on lui trouve, avec un peu de bonne volonté, la forme d'un casque toujours prêt à écraser de son poids le joli village de la Buisseratte qui s'éparpille à ses pieds... » Mais le Néron ressemble bien à tout ce qu'on veut : une coque de navire, un nez rond, ou un bonnet Phrygien ! Ceux qui ont beaucoup d'imagination verront donc dans cette montagne la forme d'un casque. Mais l'histoire est souvent pleine de fantaisie comme le prouve l'étymologie du Casque du Néron.

 

Selon H. Ferrand (3), c'est en 1839 que Lois Hermenons, personnage très apprécié par la bourgeoisie, publiait dans Le Courrier de l'Isère, dès le 10 août, les Réminiscences de quelques excursions dans le Dauphiné. (4) Ce littéraire qui avait l'adjectif facile, narrant l'histoire du chevalier de Mainfroy et de la belle Isoline, malheureuse épouse du seigneur de Narbonne, expliquait que ce hameau était bien à l'abri du vent du Nord grâce à la « Sierra du Néron. » Plus loin, trouvant sans aucun doute que le nom de la montagne manquait de relief, il écrivit : « Le lendemain matin, alors que le soleil commençait à éclairer d'un pâle reflet le Casque du Néron, les villageois qu'appelait à la chapelle de Narbonne le son de la cloche champêtre, trouvèrent deux cadavres sur les traits desquels respirait encore la rage. »

 

H. Ferrand précisait : « ...cette figure, à laquelle son auteur n'attachait certainement aucune importance, eut un grand succès dans le monde des beaux esprits et des précieuses d'alors... », aussi, était-il de bon ton, dans la haute société, d'employer ce qualificatif. Du côté de Narbonne, situé au milieu des vignes, on allait donc voir le fameux "Casque" de plus près...

 

Le premier à n'employer que l'adjectif a été Stendhal. En effet ; la même année, dans Les mémoires d'un touriste, il écrivait : « Oh ! ce Casque ma chère ! »

 

La promptitude de cette réaction tend à prouver que cet adjectif n'est pas de Lois Hermenons. En effet, en 1835, dans L'Album du Dauphiné de Cassien et Debelle, page 37, on peut lire : « A gauche, les cimes de Chartreuse, l'aiguille de Saint Egrève (5), et le casque du Néron descendent en contours variés jusqu'à la ville... »

 

Mais l'histoire du Casque ne faisait que commencer. En effet, Auguste Bourne, sans doute pris à défaut, reprend le terme en 1853 dans le premier guide touristique régional : Description Pittoresque de la Grande Chartreuse. Convaincu que le terme « Casque du Néron » se rapportait à l'empereur romain (les vestiges gallo-romains n'étaient pas encore connus) il écrivait, page 45 : « Le Casque de Néron. » Voilà pourquoi on trouve l’article "du" ou la préposition "de" selon les textes.

 

Antonin Macé relançait le terme en octobre 1857 dans Le Pic de Belledonne. Ce professeur d'histoire à la faculté de Grenoble, breton d'origine, devait fatalement adopter la dénomination alors en vogue. Dans ces nombreux articles touristiques publiés dans le Bulletin Officiel des Chemins de Fer, il donnait une large publicité au terme Casque de Néron.

 

Le virus apparaît en 1862 dans le célèbre Guide Joanne où il restera jusqu'en 1905.

 

En 1864, il s'infiltre dans la Description Géologique du Dauphiné de Charles Lory alors que, dans l'édition de 1861, il n'est question que du Néron.

 

Les cartes de l'état major français, dont les premières mentions portent « Neyron », sont contaminées à leur tour en 1884, suivies de près par les cartes géologiques où le terme restera d'ailleurs jusqu'en 1952. (Feuille au 1/80 000ème.)

 

Et tandis que tous les articles des différentes revues des clubs de montagne corrompent le Néron en Casque de Néron, des étymologistes avancent l'hypothèse selon laquelle le terme "Casque" est une corruption de casse, lieu de ruines...

 

En 1886, Eléogard Marchand écrit « Le Casque de Néron » sur sa carte régionale au reste très instructive pour notre étude du Néron.

 

Le 2 juin 1888, une revue scientifique, La nature, explique que « La montagne se couronne souvent de nuages ; on dit alors dans le pays que le Néron a son casque... »

 

En 1891, le chef de bataillon Faure, du 14ème corps d'armée du Génie de Grenoble, dans ses rapports concernant la construction de la Route des Batteries (17) sur la commune de Quaix, emploie les termes « Casque de Neyron » et « Neyron. »

 

Dans Le Dauphiné du 17 juillet 1898, le Général Cosseron de Villenoisy écrit : « Le Casque de Néron est un nom imaginé, je le crois du moins, par Joanne, qui s'en est servi le premier dans ses guides du Dauphiné... »

 

Les propos de Villenoisy sont-ils à l'origine de la réhabilitation du véritable nom de notre montagne ? On peut le croire puisque le Congrès de l'Alpinisme de 1900 traitait « De l'origine des noms des montagnes » dont, bien sûr, celui du Néron.

 

Avec la belle époque apparaît la Neyronite avec son cortège de victimes ; les journaux répandent, jusqu'en Allemagne dit-on, les méfaits du Casque de Néron.

 

Morel-Couprie en décembre 1906 et Henri Ferrand en 1907 réhabilitent définitivement le nom du Néron mais les gens du terroir, par la force des choses, avaient fini par adopter le terme insidieux employé par le beau monde.

 

Enfin, le Casque de Néron fait une dernière apparition dans les articles du Lieutenant Touchon en 1912 tandis que la forme primitive « casque du Néron » réapparaît dans le Dauphiné Libéré de 1983 à 1995 à propos d'un épisode régional des aventures de Lucky Luke...

 

Aujourd'hui, si le terme tend à disparaître définitivement, il reste encore dans les mémoires et à jamais dans l'histoire de cette montagne.

 

LE NEYRON 

 

Nombreux pensent que le Néron doit son nom au méchant César, aux découvertes de la Voie Romaine par le capitaine Delahet en 1891 ou de la citerne du Poste Romain par H. Müller en 1898. Ils ont tort. Le Néron n'est même pas une survivance inconsciente de l'occupation romaine de ces lieux. Les archives en apportent la preuve.

 

Selon H. Ferrand, le premier texte citant cette montagne, une charte de 1261 (6), mentionne « Néroma de Noyrone » (Les bois du Neyron.) J. Breton y relève les orthographes « Neyronus » puis « Neuronus »...

 

Le nom est confirmé en 1279 sur un titre du chapitre de Saint-André de Grenoble, lequel indique « némus situ subtus Neuronem » (le bois situé au pied du Neyron.)

 

Bourchenu de Valbonnais, dans l'Histoire du Dauphiné et des princes qui ont porté le nom des Dauphins (7), reproduit une convention intervenue en 1291, entre l'évêque de Grenoble et le chapitre de Saint-André, au sujet de la juridiction sur le mandement de Saint-Martin-le-Vinoux. Il y est question de « foramen Rupis Neyronis situm intra farouchiam Sancti Martini » (la grotte du Neyron située dans les limites de la paroisse de Saint-Martin-le-Vinoux), que le « foramem dictum Rupis de Neyrone » appartiendra désormais sans conteste à l'évêque et à ses successeurs.

 

Les comptes de Chadel de 1323 citent les « Pascua Neyronis » (les pâturages du Neyron.) Ceux du Prieur, de Saint-Robert, en 1350, citent « In Neurone », et en 1687 « En Neuron », c'est-à-dire la Roche de Neuron.

 

En 1749 environ, Bourcet établit la première carte ou figure le nom de la montagne, il y inscrit « Néron. »

Guettard, en 1782, dans ses Mémoires sur la minéralogie du Dauphiné, parle de « la Chaîne de Néron » et, dans son troisième itinéraire, de « la montagne de Néron. »

 

La carte de Capitaine en 1787 indique « Niéron » ; celle de 1796 établie par J. A. Michon sur les environs de Grenoble porte « Mont Néron. »

Le botaniste Dominique Villars, dans son Histoire des plantes du Dauphiné, en 1797, cite « le Neyron » pour origine de plusieurs plantes (p.74, IIIe volume ; p.855, IVe volume), puis « le Néron... »

 

En 1830, Mutel, dans La flore du Dauphiné, cite « le Néron » parmi les lieux d'herborisation, cinq ans avant l'invention du « casque du Néron » par Cassien et Debelle.

 

Enfin, la Statistique générale du département de l'Isère, publiée en 1844 par Gueymard, Charvet, Pilot et Albin Gras, donne le « Rocher de Néron » et le « Mont Néron. »

 

Issue du latin Niger, le nom primitif du Néron aurait donc été Neire. Ce terme patois qualifiait, selon la légende, la forêt de sapins (8) qui recouvrait jadis cette montagne et lui donnait un aspect sombre. (Neire = le noir) En fait, même sans résineux, (les buis suffisent), l'aspect sombre de notre montagne est bien réel : allez donc observer sa face ouest un matin depuis Saint-Egrève... Vous reviendrez convaincu et vous serez d'accord avec Dominique Villars qui traita cette question, il y a près de deux siècles : « L'étymologie du nom de cette montagne, intéresse moins que sa description et que celle des objets d'histoire naturelle qu'elle renferme. Cependant, sans s'y arrêter, on pourrait présumer que le nom de Néron était donné à cette montagne ardue, hérissée de pointes qui la rendent presque inaccessible, par allusion au caractère de l'empereur romain, si singulier et si incompatible avec celui des hommes ordinaires. Les noms de Nez-Rond ou Nez-Long pourraient s'expliquer par la ressemblance, un peu éloignée à la vérité, que présente la crête du Néron placé au milieu des montagnes comme le nez au milieu de la figure humaine. Le nom de Néron, enfin, qui est peut-être le plus vrai, le plus généralement adopté, dans les anciens textes, présente un diminutif du patois grenoblois "Neiron", comme qui dirait Noireau ou petit noir... »

 

Le Guide Joanne de 1877 et celui de 1890 parlent également du Nez Rond. Ce dernier nom relève surtout, comme le présentait D. Villars, plus de l'ignorance ou du calembour.

 

LE MASSIF DE LA CHARTREUSE

 

Je ne pouvais parler du Néron sans un mot sur le massif qui l'abrite. Le Néron reste cependant bien en marge du Parc Régional de la Chartreuse dont il se détache par son altitude, le Col de Vence, son climat ; et bien sûr sa réputation.

 

Dans son ouvrage Le Désert de la Grande Chartreuse, paru en 1868, le Docteur Pascal s'exprime ainsi : « Vers 120 av. J. C., les Allobroges pour échapper à l'esclavage se retirèrent avec leurs familles et leurs troupeaux sur les montagnes désertes, ou se cachèrent au milieu des vastes forêts vierges de la Chartreuse. C'est peut-être à cette époque que ces montagnes prirent le nom de Carthusia, dont on ignore l'origine et le sens mais qui est bien antérieur à l'arrivée de Saint-Bruno ». En fait, Cartusia était le nom latin de Saint-Pierre-en-Chartreuse, chef-lieu de ce massif.

 

Dans les titres du moyen âge, vers 1085 on trouve « Chartrousse »... Citons au passage sur la commune de Sarcenas une « gorge sauvage et déserte » qui porte le nom de « Charcrouse. » Plus haut, sur les flancs orientaux de la Pinéa, une région boisée est nommée « Charcreuse. »

 

Des études plus récentes soutiennent l'origine incertaine du nom de la Chartreuse mais avancent l'hypothèse selon laquelle le nom du massif viendrait du latin catorissium, lieu où l'on trouve des habitations...

 

Notons enfin dans Le banquet de la Faye (Laurent de Briançon, XVIe siècle) le patois du nom : « A' mon, v pres de Vénci, en tiran vers Chatrouffa... » (Là-bas, près de Vence en direction de la Chartreuse...)

 

Quant à la première carte où le nom moderne du massif apparaît, c'est une carte d'Oronce Fine (ou Finé) de 1525. Sur celle de 1556 de Aegiduis Boleavys Bolionus c'est-à-dire de Gilles de Bouillon, est écrit « Le Grand Chartreux. »

 

 

SUR LES TROIS COMMUNES DU NERON  

 

Au XIIIe siècle, lorsque les gens durent prendre des patronymes ou noms de famille, ils prirent pour habitude de donner leurs noms aux hameaux qu'ils habitaient en y accolant le suffixe "ière", d'origine celtique, qui désignait la contrée mais pris pour sens domaine de. Ainsi naquirent les hameaux de Levetière, Clémentière, Rigaudière, etc.

 

Il arrivait aussi qu'un lieu-dit, devenant la propriété d'une famille, prenait naturellement la même terminaison : la Rapaille devint la Rapallière... Selon la même logique, des noms de lieux établis depuis longtemps se transformèrent : la maladrerie de la Boysseracte (9) devint la maladière.

 

Du XVe siècle jusqu'à la Révolution, une coutume dauphinoise voulait qu'on affuble les noms des villages, des bourgades, et même des gens, de sobriquets patois souvent pittoresques... Les gens de Saint-Egrève étaient nommés "les Gouttous" sans qu'on sache pourquoi, ceux de la Buisserate, comme ceux de Saint-Robert étaient "les ladres". Ce qualificatif a certainement un rapport avec l'hospice de lépreux, maladière (lazaret) ou établissement comparable, bâti en ces lieux...

 

Les "coupe-cheveux" étaient le sobriquet des Saint-Martiniers ; voici pourquoi : Claude G. possédait sous Narbonne, en 1780, un de ces vergers d'abricotiers (10) très réputés dans notre région. Ce verger, hélas, comme bien d'autre, était régulièrement visité par des chapardeurs. Or un jour, piochant la vigne avec ses "fieux", Claude entrevoit un de ces maraudeurs, un grenadier de la "Royal Marine" détaché alors à Grenoble. Pris la main au collet, le fringant militaire se débattît mais Claude lui coupa sa natte de cheveux, orgueil de parade inestimable du corps d'élite... Ainsi, de peur de perdre leur natte, et donc leur prestige, plus jamais les "Royal Marine" vinrent marauder les fruits de Saint-Martin. De ce jour, on nomma les habitants de la commune "les coupe-cheveux". Les Alpes Pittoresques, 15 février 1912

 

A partir du XVIIIe siècle, les topographes chargés d'établir les bases de nos cadastres altérèrent encore un peu plus le sens des noms de lieux. Les difficultés de communication (11) avec les gens du terroir sont remarquablement illustrées par cette anecdote :

Le topographe : « Comment appelez-vous ce lieu mon ami ? »

Le paysan avec son idiome : « Ça ? l'Emeindre ! »

Ainsi apparut le "Col de Salamandre" sur la carte de Cassini de Thurry... (12)

 

Bref, soyez indulgent envers ces pionniers de l'I.G.N., les étymologistes et votre serviteur.

 

Au fil des itinéraires, je parlerais en détail des lieux-dits que nous traverserons. Toutefois, nous allons poursuivre ce chapitre par des notes aléatoires sur les communes du Néron et des réflexions sur quelques noms de lieux.

 

SAINT-EGREVE 

 

En 1050, une petite agglomération existait à l'endroit où la Vence, quittant les montagnes, abordait la plaine. C'était la Monta. L'Évêque de Grenoble jugeant nécessaire la création d'une paroisse en cette région, fit construire une église qu'il dota d'une relique provenant du corps de saint-Agripan, saint Agripanus en latin, Évêque du Puy en Velay, considéré comme l'évangélisateur du Puy en Velay, et qui mourut martyr en l'an 602. L'église porta donc le nom de ce martyr sous le vocable de Sanctus-Aggripanus puis Saint Agripani du XIe au XIVe siècle. Au XVe siècle apparaît le vocable de Saint-Agrève et Saint-Aigrevo qui devient rapidement sans qu'on puisse l'expliquer : Saint-Egrève. Pour sa part, dans ses Notes manuscrites sur les Prieurés du Dauphiné, Pilot de Thorey relève : au XIe siècle, parrochia Sancti Agripani ; en 1428, Saint Estrivol ; en 1489, Saint Agrève ; en 1536, Saint Eygrevol ; et en 1573, Saint Esgrêve. Dans les actes du Registre paroissial, on trouve : en 1621-1627, Saint Egrepve ; en 1654, Saint Aggrêve ; en 1655, Saint Aggrepve ; en 1656, Saint Egrêve ; en 1660, Saint Aggrepve ; à partir de 1663, Saint Egrêve ; en 1755, Saint Aggrève ; puis définitivement Saint-Egrève. (L'Écho du Néron, décembre 1927 et janvier 1928)

 

Le 6 novembre, c'est la fête de Saint Agripan. Autrefois, on conservait à Grenoble des poils de sa barbe et sa relique auxquels on attribuait une vertu miraculeuse. Bref, le 6 novembre et le dimanche qui suivait cette date, le curé de Saint-Egrève exposait publiquement ces reliques. De nombreux malades, surtout les boiteux et les infirmes, demandaient à Dieu la guérison par l'intercession des reliques du saint. On pouvait encore venir prier près des restes de Saint-Agrève le lundi de Pâque, jour de la vogue du pays. Ce jour là, c'était un véritable pèlerinage de malades et infirmes que la localité accueillait...

 

La commune, de floréal an 2 à prairial an 3 (de mai 1794 à juin 1795), porta le nom de Commune de Vance, souvent écrit « Vence. » Certains documents précisent : « Vans cy-devant St-Egrève. »

 

A cette époque, les habitants devaient supporter une véritable calamité : les loups. Devant ce fléau, l'administration municipale du 14 prairial an VI (juin 1798) « Demande à faire faire une battue générale des loups qui dévastent ce canton. »

 

En 1863, la gare portait le nom de gare Saint-Robert. Pourquoi ce nom et pas celui de la commune ? Simplement parce que Saint-Robert était un « lointain faubourg du village de St-Egrève… » Bref, le nom de la gare étant cause d'erreurs fréquentes avec, sur la même ligne, la gare de Saint-Rambert, le maire de Saint-Egrève fit la demande pour que l'on donne à sa gare le nom de sa commune. L'administration des chemins de fer refusa mais proposa en 1864 de changer le nom de la gare de Saint-Rambert en Saint-Alban...

 

Combe du Roussillon ; Ruisseau de Pommier : Le rif qui coule dans cette combe forme la limite des communes de Saint-Egrève et de Quaix. Le cadastre de Saint-Egrève de 1802 nomme « Ruisseau de la Combe de roufsillion » ce ruisseau épisodique ; celui de Quaix le nomme « Ruisseau de Pommier ». Le Chemin des Contrebandiers franchit cette combe dans sa partie haute, peu avant d'atteindre les Batteries. J'ignore pourquoi Saint-Egrève nomme cette combe du nom de Roussillon. La ville du même nom se nommait ainsi en raison des couches d'argile rouge avec lesquelles on faisait des tuiles...

 

le Grand Cuchet : Comme au Petit Saut, on y trouve une barre rocheuse. Le Grand Cuchet se situe environ à 500 mètres d'altitude, au nord du Grand Saut. Le Chemin des Contrebandiers passe au-dessus.

 

les Menaces : « La rivière d'Isère a emporté une très grande quantité des meilleurs fonds de la communauté et elle mine insensiblement ce qui reste dans le bas, et particulièrement dans le hameau de la Buisserate dont les fonds restants sont en danger d'être complètement ruinés et détruits... » (Révision des feux de 1700) Le lieu-dit les Menaces (au ménafse tantôt au singulier tantôt au pluriel comme sur le cadastres de 1792 ; aux minafses, cadastre de 1802 ; les menaces, cadastre de 1810...) vient-il des menaces de l'Isère ?

 

la Monta ; la Montaz : Selon M. H. Grimonet, la Monta serait le patois de montée, le village en pente au pied de la montée de « Provésieux » et « Quays ». Ce que semble confirmer un conte : « ...Il passa la nuit dans le village de La Montée, niché sur les contreforts des montagnes de Chartrousse. Le lendemain, il remonta la petite vallée de la Vence qui le mena aux ruines du château de Troussepaille... » (Peau de Rat, Eric Tasset, Contes inédits du Dauphiné.)

 

Des substructions d'habitats du IIe siècle qui ont été identifiés en 1977 à la Monta (CAHMGI 1977, Fouille de sauvetage), attestent une assez intense occupation gallo-romaine des flancs de cette partie de la Chartreuse. Citons entre autres de la céramique allobroge et commune et une épingle à cheveux en os. Mais déjà, en 1925, on y découvrait un bracelet rond, en bronze, de la fin du premier âge du fer. A l'époque gallo-romaine, la Monta avait déjà une certaine importance : c'était une des portes de la Chartreuse qu'un chemin romain traversait pour se diriger vers Proveyzieux par Bellevue et la Rigaudière... On soupçonne le Chemin des Balmes (Ch2) d'être aussi un chemin romain...

 

La carte de E. Marchand nomme les châteaux de Marcieu et de Grille. Ce dernier "passe" à Berthoin puis à Essertier jusqu'en 1999. C'est dans ces bâtiments que l'on fabriquait l'Élixir Guillet...

 

le Pissou : Lorsque la pluie inonde le Néron, naît dans les escarpements, au sud-est du Muret, au-dessus des rochers jaunes, une cascade, sorte de pissou qui donna un jour son nom à une vioule aujourd'hui disparue : le Sentier du Pissou.

 

Ravin de l'Écureuil ; Ravin Ullrich ; Ravin Scholastique-Chabert ; Couloir Ullrich ; la Grande Draye : La politique de l'autruche relative aux accidents de 1901 et 1906 amena Samuel Chabert à écrire sur le « terrible couloir dont on ne voulait même pas parler, qui n'avait même pas de nom spécial, non plus qu'aucune autre partie de la montagne. » En ce point, Samuel Chabert se trompait : les bûcherons nommaient Ravin de l'Écureuil ce ravin « bien boisé », tandis que le cadastre de 1802 le nommait la Grande Draye, sans oublier, sur sa rive droite, le nom de Tourte situé dans la zone couverte par le Pré Marsennat et Pierre Grise. Bref, tout ce ravin se descendait assez facilement... jusqu'au fatal Saut de l'Écureuil.

 

la Roche ; le Petit Saut : C'est ainsi que l'on nommait la petite barre rocheuse près des stades des Brieux. C'est probablement ce lieu que le cadastre de 1802 nomme « au petit fault » et qui a été aménagé en école d'escalade en 1993. Le chemin qui passe au-dessus de « la Roche », le « Chemin des bois » selon le cadastre de 1802, est nommé « Chemin du Petit Saut » sur divers documents et portera par la suite, officieusement, le nom de Chemin des Contrebandiers.

 

Sur les Sauts : Lieu-dit situé entre les tennis des Brieux et les escarpements du Néron.

 

 

QUAIX 

 

 

Certains auteurs affirment que le nom de la commune vient de quercus, c'est-à-dire le chêne mais selon d'autres, le nom de Quaix vient du latin ceasura, c'est-à-dire "couper du bois"...

 

Le nom de la commune de Quaix illustre bien les vicissitudes de langage (13) :

 

XIe siècle KEZ

XI et XIIe QUEZ

XIIIe QUECZ, QUET, QUETZ, QUETH, QUAISIUM

XIVe QUECZ, QUECCIO, QUENCZ

XVe QUECTI, QUEST, QUESTZ

XVIe QUAYS, QUEZE (1517), QUES (1550)

XVIIe QUAIS, QUEYZ (1617 Jean de Beins), QUAIS (1678)

XVIIIe QUAY (1706), QUAIX

 

Entrepaloups ; Trépaloups ; Trepalon ; Trepalou. L'ancien cadastre de Saint-Martin-le-Vinoux nomme « En trepe loups » un lieu situé vers Clémencière/Serlin. Bref, « En trepe loups » et « Entrepaloups » de Quaix éveillent en nous la légende des Brûleurs de loups :

 

Brandissant dans la nuit leurs torches de mélèze,

Des glaces de l'Oisans jusqu'aux forêts d'Omblèze,

Du Champsaur au Queyras, de Lente à Riablous,

Nos aïeux poursuivaient le noir troupeau des loups.

Au fond de quelque gorge, ils acculaient la horde

Des hurleurs aux crocs blancs : puis, sans peur qu'elle morde,

Faisant rouler sur eux les sapins du rocher,

Ils allumaient dans l'ombre un étrange bûcher.

Et, pensifs sous le ciel rougi par l'incendie,

Les enfants écoutaient monter, l'âme agrandie,

Le crépitement clair des damnés au poil roux.

Les Dauphinois sont fils de ces Brûleurs de loups...

Paul Berret, Aux pays des brûleurs de loups.

 

Ainsi trépassaient les loups... Mais ces termes ne désignent peut-être pas notre légende. En effet, le vieux mot trepe signifie « endroit piétiné » et le mot celte lop transformé en loup désigne une élévation, une montagne à ceci près que le terrain ne confirme aucun lieu "élevé", aucun "mollard"... Bref, admettons que ces lieux plus ou moins tourmentés étaient fréquentés par les loups...

 

Leuilly : Issue de l'italien Guglia qui donna Geuglie puis Euglie et enfin Euille... Lally, Leully, ou Leuilly (du patois du Graisivaudan Oeuille, Euli, Oeilli) désigne une petite aiguille. C'est l'ancien nom de l'Aiguille de Quaix.

 

Le nom "aiguille" démontre bien les caprices des langages régionaux. En Maurienne, on trouve Joeuille et Joeuillon pour aiguillon ; le Piémont nous donne Ouille et Ouillon. Mais la corruption va souvent plus loin. C'est le cas du terme Guille apporté par les bûcherons et charbonniers Bergamasques travaillant dans les vastes forêts des Chartreux. Avec leur article al (al Guille = l'Aiguille), la transcription phonétique donne Arguille, c'est le cas du Roc d'Arguille près de la Dent de Crolles, où, du reste, on trouve un Pas de l'Œille.

 

Chalme ou Chame est issue du latin Culmen, c'est-à-dire "lieu élevé, cime". Le « Culmen rupha » d'une charte de 1260 deviendra Chame-rousse puis Chamrousse ; Champrousse étant une déformation moderne fugace : « Nous avons pris tous deux la route de Champrousse » écrivait Roche-Beranger en juillet 1875 dans un poème... Dans le registre des délibérations de Quaix de 1860, une note implique le célèbre Général Brun : « ... Jusqu'en 1825, les généraux Debelle (14) et Brun y entretinssent du mois de Mai à la chute des neiges de 600 à 800 moutons... » La montagne concernée par cette note est Chaume Chauve écrit également Chamechauve, c'est-à-dire la cime dégarnie de végétation. Mais à cette époque, le nom de cette montagne était déjà corrompu en Chame-Chaude et donnera notre Chamechaude actuel. En fait, Chame et Chalme désignent plus précisément un pâturage et son sommet d'où Chalmenson (Petite Chalme) qu'une traduction phonétique simpliste transformera en Charmant-Som. Le « In Alpe Chalmenson » des calendes du juin 1185, c'est-à-dire l'Alpe de Charmant-Som, était déjà un pléonasme. Par ailleurs, le terme Chameta est plus précis. Il désigne un sommet dégarni bon à pâturer : le Col de la Charmette, qui en est issu, est écrit « Chameta Guntelmi » dans ces calendes de 1185 ; Guntelmo, qui est d'origine celtique, désigne le familier des lieux : c'était l'alpage de Günter.

 

Les mixtures étymologiques donnent à Chame-Rousse la même origine que Chartrousse, où rousse vient du pluriel du mot arabe et hébreu Râs, c'est-à-dire Rous qui signifie tête, sommet, crête... Le nom de la Chartreuse serait donc d'origine Sarrasine... Peut-on créditer ces recherches relevées dans la Revue des Alpes de 1858 ?

 

Aulp ou Aup enfin, c'est l'Alpe ou l'Alpage au sens strict. L'Aulp du Seuil (où Seuil est la corruption de Scieu du latin Saxum, c'est-à-dire rocher) a été écrit et souvent appelé le Haut du Seuil (15), ce qui n'a plus rien de commun avec l'Aup Scieu, c'est-à-dire l'Alpe du rocher.

 

 

SAINT-MARTIN-LE-VINOUX 

 

 

Stus Martinus Vinos puis Stus Martinus ou encore Sanctus Martinus Vinosus en 1044 où vinosus signifie "qui a du vin", prouve l'importance considérable qu'avaient les vignes de Saint-Martin-le-Vinoux.

 

Sancti-Martini (XIIIe) vient de saint-Martin dit saint-Martin-de-la-Tours. Né en Hongrie, fils d'officier romain, il s'engage à 15 ans dans la cavalerie impériale. Ayant quitté l'armée, il se met sous la direction de saint-Hilaire alors évêque de Poitiers. Nommé évêque de Tours en 372, il fut l'un des principaux pionniers du monarchisme occidental, avant saint-Benoît qui avait par ailleurs une grande vénération pour saint-Martin. (16)

 

la Balme : Du latin Balmens (grotte, trou, excavation...), très répandu dans nos régions. Nous reviendrons en détail sur ce haut lieu de l'histoire de la commune.

 

Mas Caché : « Mansus Cacheti » en 1333, d'où son autre orthographe : « Mas Cachet ». Ce riche propriétaire avait des terrains de partout en 1788 : au mas Cachet lieu dit la grosse pierre ; au mas Cachet lieu dit les Fontaines ; au mas Cachet appelé Pré du Nay ; au mas Cachet lieu dit En pré pinet ; au mas Cachet appelé Serpollière ; au mas Cachet lieu dit En Seillon. Cachet et Cacheti désignent un lieu secret, une cache, une cachette...

 

Pique Pierre : La Carte de Cassini (12) écrit « Pié Pierre », comme qui dirait Pied Pierre, le chemin empierré... Cette même carte indiquant aussi une « carière » où « l'on cognait la pierre à coups de pics », on peut penser que le nom de Pié Pierre à été arrangé en Pique Pierre. Mais l'exploitation intensive de cette carrière ne commença qu'en 1880 pour les moellons et concassé destiné à l'empierrement des routes. La pierre fut employée en 1883 aux fondations du Lycée Champollion. Cette carrière ferma en 1939. Le pont de Pié Pierre enjambait jadis le Ruisseau du Moulin, l'actuel Souchet. Quant au ru du Souchet, anciennement le Ruisseau des Oddoz, il porte avec justesse le nom de Surchet (moins encaissé, plus haut...)

 

GUETAL

 

Casamaures et le Néron par l’Abée Guétal.

 

Le 12 juillet 1857 voit l'inauguration de la ligne de chemin de fer de Rives à Pique Pierre ! Les voyageurs en provenance de Lyon devaient donc emprunter le tramway jusqu'à Grenoble. Cet état de choses ne dura guère longtemps de sorte qu'en 1858, avec l'ouverture de la gare de Grenoble commença véritablement le grand tourisme aidé par des récits d'excursions publiés dans le Bulletin Officiel des Chemins de Fer. On comprend mieux pourquoi cette revue devint La Revue des Alpes dès le 28 novembre 1857...

 

Trepalon, Trepaloup, Trepalou, en trepe loups : Voir Entrepaloups commune de Quaix.

 

 

 

1) Journal municipal de Saint-Egrève, novembre et décembre 1994...

2) Louise Drevet, 1836-1898, née Marie-Louise Chafanel, écrivait souvent la montagne sous le pseudonyme de Léo Ferry.

3) Le Néron dans les anciens textes, Revue Alpine, août 1907, p 337.

4) Les Réminiscences parurent par la suite dans un livret dont un exemplaire, détenu par la famille Perrin de la Ripaillère, était dédié à Monsieur le Conseiller Duport-Lavilette de Narbonne, hameau de la commune de Saint-Martin-le-Vinoux.

5) Probablement l'Aiguille de Quaix.

6) Archives départementales de l'Isère (ADI, dossier B2956 f°14)

7) Genève, Fabri et Barillot, 1722, tome 1er, p.136

8) Géologues et botanistes nient le fait. « Le Néron a peut-être été couvert de sapins lors de périodes plus froides... » mais au siècle où le nom de la montagne a été fixé, il est certain que le Noiraud était déjà couvert de buis.

9) Buisserate.

10) L'Illustré du Sud-est de 1858 cite une variété dite la Narbonne...

11) « Les enfants de St-Martin ne parlent pas le même idiome que ceux de Grenoble... » Registre des délibérations de Saint-Martin du 16 août 1802.

12) Cassini de Thurry 1744-1784. Sa carte date de 1760 : Grenoble - Côte-Saint-André n° 119 feuille 120.

13) Une partie de ces noms nous vient de Pilot de Thorey. (ADI 2j549)

14) Le 2 avril 1814, le capitaine Debelle, avec une armée réduite, stoppait quelque temps mais de façon magistrale l'armée autrichienne à Voreppe. (Éphémérides... Petit Grenoblois du 3 avril 1888)

15) Le Haut du Seuil est le titre d'un roman de Claire Sainte-Soline aux éditions du Rieder, 1938.

16) Origine des noms des communes du département de l'Isère. André Plank - Artès.

17) La carte Glaizot (Morel Couprie, Le Néron, 1907) et la carte botanique écrivent « Route de la Batterie. »

  1.  

 

 

 

 

La Passerelle. La Voie Gallo-Romaine et la Vallée du Drac.